Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

ÉcoQuartier, l’adaptation en question

Plan

I. L’adaptation au changement climatique dans la démarche ÉcoQuartier
I.1. La lente intégration de l’adaptation comme enjeu de développement durable
I.2. L’adaptation telle que déclarée dans les opérations d’aménagements durables
I.3. Des options d’adaptation sous exprimées
I.4. Quelques expérimentations à remarquer
II. L’évaluation de l’adaptation aux risques et au changement climatique après achèvement des travaux
II.1. Quelle méthode d’évaluation pour l’engagement 16 ?
II.2. Structure évaluative de l’engagement 16
II.3. Les deux indicateurs de l’observation nationale
II.4. Limites et incertitudes de l’exercice tel qu’il découle des questions évaluatives ci-dessus
Une évaluation en devenir

Introduction

Parmi les 20 engagements de la démarche nationale de labellisation des ÉcoQuartier - sous le chapitre 3.4. Déclinaison de la dimension « Préservation des ressources et adaptation aux changements climatiques » - l’engagement 16 s’intitule « Produire un urbanisme permettant d’anticiper et de s’adapter aux changements climatiques et aux risques ». Dans cet engagement, il est demandé aux porteurs de projet de décrire le choix de localisation du futur ÉcoQuartier vis-à-vis des enjeux identifiés en matière de risques naturels ou technologiques, la prise en compte dans la programmation et la conception des différentes prescriptions liées aux risques avec des solutions adaptées, ou encore la participation de l’ÉcoQuartier à la réduction des risques à une échelle plus vaste. De même, il est demandé de décrire l’intégration des contraintes liées au changement climatique dans la conception du quartier ou encore les dispositifs de sensibilisation de la population.
Si les ÉcoQuartiers expriment en France les démarches les plus vertueuses en matière d’aménagement opérationnel durable, il apparaît intéressant d’y observer la bonne prise en compte du changement climatique et les options retenues par les porteurs de projet pour s’y adapter.

I. L’adaptation au changement climatique dans la démarche ÉcoQuartier

I.1. La lente intégration de l’adaptation comme enjeu de développement durable

La démarche ÉcoQuartier, telle que mise en place par l’État, est issue du Grenelle de l’environnement et de la loi portant engagement nationale pour l’environnement (art. 7III) : « mettre en place des écoquartiers d’ici 2012 dans les collectivités de plus de 50 000 habitants ayant un programme de développement de l’habitat significatif ».


À cette fin, le ministère du logement a mis en place un premier appel à projet en 2009 en indiquant aux collectivités de présenter des projets d’aménagement urbain selon 7 domaines d’excellence principalement environnementaux. Les solutions en matière d'énergie, d’éco-conception, de mobilité durable, d’eau et de biodiversité apparaissaient comme les plus adaptées à la manière dont un aménageur pouvait agir en matière environnementale. Le terme « climat » n'apparaissait pas alors dans l'avis de l'appel à projet.


Ce premier appel à projet a permis de valoriser des projets intéressants sur les volets urbains, environnementaux et sociaux ainsi que la mise en place du Club ÉcoQuartier réunissant les collectivités lauréates. Les travaux du club ont abouti à la rédaction d’un référentiel ÉcoQuartier de 20 ambitions avec une ambition concernant spécifiquement le climat. Les collectivités pouvaient ainsi mieux valoriser leurs actions en matière d'atténuation et d'adaptation au changement climatique. Concernant l’adaptation, le texte du second appel à projet basé sur ce référentiel proposait de mettre en avant les actions liées à la réduction des îlots de chaleurs urbains, à l'amélioration du confort thermique des espaces extérieurs et du bâti ainsi qu'à la prévention des risques d'inondation et de submersion. Toutefois, le bilan de l’appel à projet 2011 montre que dans les 395 dossiers ayant répondu à cet appel à projet, très peu d’actions en matière d'adaptation ont été exprimées. Très souvent, une confusion entre l’atténuation et l’adaptation pouvait être remarquée.


En 2013, la remise à plat du référentiel pour créer le Label ÉcoQuartier a permis de renforcer la visibilité de l'adaptation au changement climatique avec la rédaction de l’engagement 16 sous sa forme actuelle (fig. 01). L'atténuation, si elle a disparu en tant que telle demeure intégrée quatre autres engagement (6, 12, 14 et 17).

Le référentiel ÉcoQuartier mêle aujourd’hui au sein du même engagement la prise en compte des risques et la prise en compte de l’adaptation au changement climatique. En effet, si les risques urbains sont d’une grande diversité, les effets du changement climatique vont avoir tendance à accroître certains de ces risques (enjeux et aléas) tout en modifiant leur aire d’impact. Ces effets vont également générer un changement des modes de vie lié à l’apparition de nouvelles conditions météorologiques. Les populations humaines, comme tous les êtres vivants, vont devoir s’adapter à de nouvelles conditions de vie qui pourront être temporairement difficiles.

Le changement climatique est donc pris ici dans sa double dimension d’évolution des risques actuels et de générateur de nouvelles conditions de vie. Le cinquième rapport du GIEC (2014) indique que « de nombreux risques vont se concentrer dans les zones urbaines européennes, notamment le stress thermique, les précipitations extrêmes, les inondations à l’intérieur des terres et sur les côtes, les glissements de terrain, la pollution de l’air, ou encore la rareté de l’eau ». Néanmoins, le rapport met en avant principalement pour cette partie du monde :

  • « l’augmentation des pertes économiques et des personnes touchées par les inondations dans les bassins versants et sur les côtes ;
  • l’augmentation des restrictions d’eau. Réduction de l’accès à l’eau combinée à une demande croissante et une ressource de plus en plus faible ;
  • l’augmentation des pertes économiques et du nombre de personnes touchées par les épisodes de chaleur extrêmes. »

Ainsi, il s’agit de prendre en compte des événements qui présentent un risque actuel (car connu historiquement) mais aussi lié à des évolutions probables : inondations par remontée de nappe, par ruissellement, crues, élévation du niveau de la mer, érosion côtière, tempêtes, retrait et gonflement d’argile, coulée de boue, canicule… D’autre part il s’agit de mieux comprendre les conditions de vie futures auquel le territoire aura à faire face et de les prendre en compte dans les aménagements : sécheresse, stress hydrique, dégradation de la qualité de l’air, augmentation des températures moyennes, effet d’îlot de chaleur urbain…


Cette distinction doit aider dans l’analyse des options d’adaptation sans pour autant hiérarchiser les phénomènes. Il sera tout aussi important de se prémunir contre un évènement violent d'occurrence rare que de s’adapter à une surchauffe estivale régulière touchant le confort quotidien et ayant des conséquences sur la santé des personnes les plus vulnérables. Il faut noter que certains événements considérés ici comme des risques occasionnels - tels les épisodes caniculaires - pourront devenir courants et nécessiteront une adaptation complète des modes de vies.

Figure 1 : Intégration du climat dans les engagements de la démarche des écoquartiers.

Figure 1 : Intégration du climat dans les engagements de la démarche des écoquartiers.

I.2. L’adaptation telle que déclarée dans les opérations d’aménagements durables

Les candidats aux appels à projets puis au Label ÉcoQuartier ont rempli un dossier de candidature (dont nous avons pu voir l’évolution précédemment). La base LOAD du MEDDE sur l’aménagement durable nous renseigne sur 556 opérations dont 467 candidatures (les autres entrées l’ont été à l’initiative des porteurs de projets pour référencer d’autres opérations d’aménagement durable sur leur territoire). Chaque candidature exprime de manière plus ou moins évidente des options d’atténuation et d’adaptation essentiellement dans les domaines de l’énergie, de l’eau et de la nature en ville. Une partie de cette vaste base de données permet donc l’analyse de la prise en compte de l’adaptation au changement climatique.


Trois biais importants méritent d’être mentionnés. Tout d’abord, ce corpus présente des discours portés au sujet des risques et de l’adaptation au changement climatique et non des réalisations effectives. Ensuite, les changements d’intitulé et de questionnement pour certains engagements ont pu orienté différemment les réponses des candidats rendant délicate la comparaison des réponses dans le temps. D’autre part, la qualité de la ou des personnes ayant rempli la base de données peut orienter les réponses apportées : en fonction de la taille de la commune et de l’organisation de la maîtrise d’ouvrage, la compréhension du questionnement de la grille ÉcoQuartier et l’intérêt porté au différents enjeux peuvent être très variables. Dans tout les cas, il convient de bien rappeler que la base LOAD recense des intentions politiques et parfois techniques sous forme de déclaration alors que les études sont en phase de faisabilité et plus rarement opérationnelles.


L’analyse montre globalement qu’on trouve quatre types d’enjeux pris en compte par ces projets:

  • Les risques majeurs qui font l’objet d’une doctrine et de politiques publiques régaliennes (dont la prise en compte est basée sur les évènements connus) ;
  • l’évolution de certains risques sous l’effet du changement climatique comme par exemple l’inondabilité par débordement de cours d’eau (ce risque existe déjà mais les projections climatiques prévoient des épisodes pluviaux plus brutaux et intenses dans certaines régions) ou encore la submersion marine (élévation projetée du niveau de la mer) ;
  • le renforcement des vagues de chaleur extrême ;
  • les phénomènes qui ne peuvent être considérés comme des risques mais qui agissent sur le couple confort / inconfort de vie comme par exemple l’élévation des températures moyennes.

Bien qu’une approche systémique soit à privilégier en matière d’adaptation au changement climatique, nous faisons ici le choix d’une approche plus analytique par phénomène. Ce choix s’explique par la variété des situations locales et surtout par le caractère balbutiant de l’adaptation dans les démarches d’aménagement opérationnel.


L’analyse s’est concentrée sur les trois enjeux principaux que sont l’inondation prise au sens large (par submersion, débordement et remontée de nappe), l’augmentation des restrictions d’eau (intitulée « ressource en eau » pour plus de facilité) et les épisodes de chaleur extrêmes. S’agissant d’aménagements urbains, les enjeux d’inondation et de ressource en eau ont été complété par un enjeu dit « eaux pluviales » (associant l’inondation par ruissellement à l’infiltration locale des eaux et intégrant les questions de mouvements de terrain comme le retrait et gonflement des argiles). Enfin, un cinquième enjeu a été observé aux côtés des 4 autres par volonté de comparaison : l’atténuation telle que déclarée par les porteurs de projets concernant la performances énergétiques des constructions, la conception bioclimatique ou encore le recours aux énergies renouvelables. Le recours à 3+1 enjeux peut être interrogé dans une problématique complexe comme celle de l’adaptation au changement climatique. Néanmoins, il nous a semblé qu’il s’agissait d’un commun dénominateur à la plupart des dossiers analysés. Pour chaque dossier, une note a été donnée qui à permis l’analyse suivante des dossiers (figures 3).

Figures 2 : Analyse par enjeux de l’adaptation déclarée 467 candidatures présentes dans la base LOAD  Légendes : La courbe bleue représente la moyenne des note obtenue sur le lot de dossier concerné (se réfère à l’échelle verticale gauche graduée de 0 à 2,4, pour une note allant de 0 à 5). Les histogrammes présentent le pourcentage de dossiers bien adaptés au climat actuel (dont la note est supérieure ou égale à 3, barre de gauche) ou adapté au climat futur (supérieure ou égale à 4, barre de droite) par rapport à l’enjeu (se réfère à l’échelle verticale droite graduée de 0 à 50%).

Figures 2 : Analyse par enjeux de l’adaptation déclarée 467 candidatures présentes dans la base LOAD Légendes : La courbe bleue représente la moyenne des note obtenue sur le lot de dossier concerné (se réfère à l’échelle verticale gauche graduée de 0 à 2,4, pour une note allant de 0 à 5). Les histogrammes présentent le pourcentage de dossiers bien adaptés au climat actuel (dont la note est supérieure ou égale à 3, barre de gauche) ou adapté au climat futur (supérieure ou égale à 4, barre de droite) par rapport à l’enjeu (se réfère à l’échelle verticale droite graduée de 0 à 50%).

I.3. Des options d’adaptation sous exprimées

Le référentiel ÉcoQuartier comprend 20 engagements sur lesquels les porteurs de projet propose de mettre en valeur les moyens et les actions réalisés pour satisfaire ces engagements. Selon le contexte de l’opération et les enjeux locaux, tel ou tel engagement sera prépondérant par rapport à un autre. Les enjeux spécifiques à l’adaptation au changement climatique ne doivent donc en aucun ças être détachées des autres ambitions du porteur de projet. Pour le dire simplement, un bon dossier d’ÉcoQuartier peut être faible sur son volet d’adaptation et inversement un dossier qui prend bien en compte le volet adaptation peut être globalement faible.


Entre les deux appels à projet et le Label, nous observons que globalement le niveau des candidatures a augmenté sur le volet « adaptation » ; cette évolution est en grande partie due à la reformulation de l’engagement 16 poussant les porteurs de projet à mieux déclarer ce type d’actions. Toutefois, nous observons une meilleure prise en compte (dans le discours) de la question des eaux pluviales (et des mouvements de terrain) dans les dossiers récents. Cette prise en compte peut s’expliquer par la généralisation du traitement alternatif des eaux pluviales qui devient un archétype de ce type d’aménagement durable.


En revanche, nous n’observons pas chez les lauréats (et les engagés dans la démarche de labellisation) une progression significative entre 2009 et 2015. Il faut remarquer la très grande faiblesse de l’adaptation au climat futur, toutes cessions confondues. Ce constat interroge en lui-même. Si les ÉcoQuartiers représentent le meilleur de l’aménagement contemporain en France et en matière de développement durable, nous ne pouvons que constater la très faible prise en compte du climat futur et le manque patent de dispositions d’adaptation. Il est a noter que les opérations d’aménagement sont toujours longues et qu’une décennie peut s’écouler entre la décision initiale et sa réalisation. Les projets présentés aux appels à projet et au Label ont été conçu durant la décennie 2000 alors que l’urgence climatique - bien que présente dans la communauté scientifique depuis la fin du 20e siècle - ne s’est imposée que récemment dans le débat public. De plus, cette décennie aura vu un travail très important des collectivités sur l’atténuation avec des ambitions de performances énergétiques allant au-delà de la réglementation et l’intégration des énergies renouvelables dans les projets. Néanmoins, le constat demeure : l’adaptation en temps que telle au climat futur est absente d’une très grande majorité des dossiers de candidature.


L’analyse pour les 3+1 enjeux (avec l’atténuation pour base de comparaison) montre une large prédominance sur les questions d’eaux pluviales. La bonne prise en compte de cet enjeu tient très certainement à l’obligation réglementaire du dossier Loi sur l’eau rendu obligatoire au-delà d’un hectare d’aménagement. Par le questionnement qu’il impose et ses objectifs chiffrés, il introduit la problématique des eaux pluviales très en amont de la conception du projet, préalablement au dossier de candidature. Mais au-delà, la contrainte du recollement et de l’infiltration des eaux pluviales est transfigurée par la figure de leur traitement aérien par noues paysagées qui appartient dorénavant au vocabulaire de l’écologie urbaine et fait l’objet plus globalement d’une mode dans l’aménagement. En revanche, très rare sont les dossiers porteurs d’une ambition anticipatrice.


Malgré un questionnement spécifique dans l’engagement 19, la préservation de la ressource en eau est rarement traité hormis dans ses dimensions triviales comme la mise en place d’économiseur d’eau sur les robinets et rares sont les projets qui vont vers la récupération d’eau allant au-delà de l’arrosage de proximité. Face aux sécheresses de cette dernière décennie et aux arrêtés de restriction d’eau, il apparaît surprenant que cet enjeu ne soit pas mieux traité par les porteurs de projet et leurs aménageurs.


La prise en compte de l’élévation des températures et de l’augmentation des épisodes caniculaires est certainement l’enjeu le mieux pris en compte dans sa double dimension climat actuel / climat futur. Si l’enjeu apparaît dans l’ombre de l’atténuation (recours au bioclimatisme, performance des constructions et recours aux énergies renouvelables), son traitement fait quasi systématiquement l’objet d’une projection dans le climat futur. Ce résultat se rapproche de la pensée dominante qui associe presque exclusivement le changement climatique au réchauffement des températures. Dans les dossiers de candidature, la prise en compte du phénomène d’îlot de chaleur est associé très souvent aux aménagements paysagers, au traitement aérien des eaux pluviales et plus rarement à la conception bioclimatique des formes urbaines. Les déclarations de principes des porteurs de projets ne doivent pas nous faire oublier que rares sont ceux qui mènent des études poussées pour connaître les climats locaux du futur. Enfin, l’atténuation est massivement représentée mais quasi exclusivement dans le climat présent, sans tenir compte de ses évolutions.


En conclusion, il apparaît que les candidatures aux appels à projet et au Label ne font ressortir que faiblement l’enjeu global de l’adaptation. Seules quelques collectivités ont entrepris des démarches exemplaires en matière de connaissance et plus rarement d’adaptation.

Figure 3 : Répartition géographique des intentions d’adaptation à l’élévation des températures et aux vagues de chaleur L’enjeu du phénomène de vague de chaleur est souvent pris dans sa dimension projective (anticipation du climat futur) lorsque c’est le cas. Il n’existe pas de déterminant géographique marqué puisque les zones méridionales n’apparaissent pas prioritairement.

Figure 3 : Répartition géographique des intentions d’adaptation à l’élévation des températures et aux vagues de chaleur L’enjeu du phénomène de vague de chaleur est souvent pris dans sa dimension projective (anticipation du climat futur) lorsque c’est le cas. Il n’existe pas de déterminant géographique marqué puisque les zones méridionales n’apparaissent pas prioritairement.

Figure 4 : Répartition géographique des intentions d’adaptation dans le traitement des eaux pluviales Nous observons que la dimension prospective (prise en compte du climat futur) est forte sur la côte méditerranéenne et le long de la vallée de la Seine. cela correspond assez logiquement à des territoires urbanisés déjà soumis à des épisodes pluvieux intenses doublés d’inondation par débordement de cours d’eau.

Figure 4 : Répartition géographique des intentions d’adaptation dans le traitement des eaux pluviales Nous observons que la dimension prospective (prise en compte du climat futur) est forte sur la côte méditerranéenne et le long de la vallée de la Seine. cela correspond assez logiquement à des territoires urbanisés déjà soumis à des épisodes pluvieux intenses doublés d’inondation par débordement de cours d’eau.

I.4. Quelques expérimentations à remarquer

Malgré le faible investissement déclaré, nous observons néanmoins des démarches vertueuses de la part de certaines collectivités. Parmi les 32 quartiers labellisés en 2013 et 2014, 3 dossiers sont exemplaires et 9 sont innovants. Un tiers mentionne un risque sur le quartier : inondation, risque sismique, risque lié au sol (retrait gonflement d’argile, effondrement). Les projets font alors état de la réglementation et disent vouloir aller au-delà. La moitié des dossiers indiquent travailler sur la gestion intégrée des eaux pluviales pour ne pas aggraver le risque inondation en aval. À Boulogne-Billancourt, le projet valorise par exemple le parc de Billancourt comme un bassin urbain d’expansion de crue.


Certains projets s’appuient sur le volet adaptation d’un Plan climat énergie territorial (PCET) ou d’un Agenda 21. C’est le cas de la ville de Blagnac dont les dispositions en matière d’adaptation découlent de l’Agenda 21 que la collectivité a réalisé ou encore Toulouse Métropole qui participe au projet « Méthode innovatrice de planification Urbaine intégrale pour les villes adaptés au changement climatique ». L’innovation en matière de modélisation a permis la réalisation d’une carte des albédo moyen dans le quartier de la Duchère à Lyon avec une ambition marqué sur la lutte contre l’effet d’îlot de chaleur urbain (ICU).


Les innovations peuvent se concentrées à l’échelle du bâtiment. Le Pôle Molière du Projet de renouvellement urbain (PRU) des Mureaux a pour ambition d’être certifié à l’exploitation sur les questions d’adaptation. De manière plus générale, La volonté de prise en compte du confort d’été dans les bâtiments est souvent évoquée avec pour préconisations principales des logements traversants pour favoriser la ventilation naturelle, des occultations (extérieur) / des brises soleil, des façades et/ou toitures végétalisées, une inertie thermique renforcée ou encore une surventilation nocturne (dans les équipements).

Figure 5 : ÉcoQuartier des Docks (Saint-Ouen) : installation de brumisateurs sur le parc (crédit photographique Cerema)

Figure 5 : ÉcoQuartier des Docks (Saint-Ouen) : installation de brumisateurs sur le parc (crédit photographique Cerema)

Figure 6 : Quartier Luciline (Rouen) : prise en compte de l’augmentation des précipitations par la constitution d’un vaste bassin paysager le long du Mail André Putman (crédit photographique Cerema)

Figure 6 : Quartier Luciline (Rouen) : prise en compte de l’augmentation des précipitations par la constitution d’un vaste bassin paysager le long du Mail André Putman (crédit photographique Cerema)

II. L’évaluation de l’adaptation aux risques et au changement climatique après achèvement des travaux

II.1. Quelle méthode d’évaluation pour l’engagement 16 ?

Le Ministère de l’écologie du développement durable et de l’énergie (MEDDE) a voulu mettre en place une évaluation des 20 engagements du Label sur les ÉcoQuartier en fonctionnement pour vérifier la bonne réalisation des engagements initiaux. Il a confié au Cerema la maitrise d’ouvrage déléguée de cette opération ainsi que l’élaboration de la méthodologie d’évaluation pour certains engagements dont le 16. L’élaboration de la méthodologie spécifique à l’engagement 16 a conduit à une réflexion approfondie sur les notions mêmes de risques, de confort et d’adaptation aux effets du changement climatique avec un double objectif : proposer aux maîtres d’ouvrage urbains des éléments de questionnement et des indicateurs permettant de s’auto-évaluer, et définir deux indicateurs alimentant une observation nationale des ÉcoQuartier.


L’évaluation se décline en 4 temps - connaissance, gouvernance, réponse, informations-suivi-sensibilisaiton - proposant une ou plusieurs questions évaluatives à chaque fois, un ensemble de critères qualifiants suivis d’indicateurs qualitatifs, quantitatifs ou ouverts. Ce questionnement possède une fonction d’interpellation qui doit permettre au porteur de projet s’auto-évaluant de s’interroger sur des points précis qui le conduiront à analyser sa démarche de projet et sa reproductibilité dans des opérations ultérieures. Une synthèse de ces indicateurs est présenté sous forme d’une feuille de calcul dont le remplissage des valeurs permet d’obtenir un tableau de bord de type “météorologique” de l’adaptation du quartier en question.

Figure 7 : Structure de l’évaluation L’évaluation est structurée selon 4 temps dans le cycle du vie du projet : la connaissance qui correspond à la phase préalable aux études opérationnelles (acquisition des données nécessaires), la gouvernance même du projet en phase de conception, l’aménagement urbain qui correspond à la réalisation des objectifs d’adaptation, et enfin l’information et la gestion de crise.

Figure 7 : Structure de l’évaluation L’évaluation est structurée selon 4 temps dans le cycle du vie du projet : la connaissance qui correspond à la phase préalable aux études opérationnelles (acquisition des données nécessaires), la gouvernance même du projet en phase de conception, l’aménagement urbain qui correspond à la réalisation des objectifs d’adaptation, et enfin l’information et la gestion de crise.

II.2. Structure évaluative de l’engagement 16

La structure évaluation ne sera abordée ici que succinctement au travers des 2 premiers niveaux que sont le questions évaluatives (QE) et 3 critères qualifiants (CQ) pour chaque question. Les indicateurs et leur mode d’acquisition des données, de calcul et d’interprétation ont été exclus de la présente contribution. Il convient de rappeler le caractère non exhaustif de l’évaluation qui s’attache à des points précis dans une démarche réflexive pour les porteurs de projet devant leur permettre de s’interroger sur leurs pratiques.


Connaissance


QE 1. Quel impact des risques majeurs du point de vue des aléas, du climat et de leurs évolutions sur le territoire de l’ÉcoQuartier ?

  • CQ 1.1. Connaissance du cumul des aléas au sein du périmètre ÉcoQuartier
  • CQ 1.2. Connaissance des aléas mouvement de terrain aggravés par la présence, ou le drainage, de l’eau sur le périmètre de l’ÉcoQuartier ou à proximité
  • CQ 1.4. Connaissance des scénarios de changement climatique. Avez-vous une connaissance détaillée du contexte climatique auquel le territoire d'implantation de l'ÉcoQuartier est soumis ?

QE 2 : Quels sont les enjeux de l’ÉcoQuartier lorsqu’il est confronté aux risques actuels et évolutifs ?

  • CQ 2.1. Cumul des enjeux identifiés sur les risques majeurs
  • CQ 2.3. Connaissance des éléments potentiellement impactés par une inondation
  • CQ 2.4. Vulnérabilité économique
  • Gouvernance

QE 3. Quels sont les moyens développés par la collectivité et l’équipe projet pour prendre en compte la question des risques actuels et évolutifs sur le périmètre de l’ÉcoQuartier et au-delà ?

  • CQ 3.1. Niveau d’implication en matière de gouvernance en lien avec la question des résiliences
  • CQ 3.5. Niveau d’implication en matière de gouvernance en lien avec les questions d’adaptation au changement climatique
  • CQ 3.6. Niveau d’implication communale en lien avec la question du risque inondation
  • Réponse en matière d’aménagement urbain

QE 4 : Quelles réponses le projet a-t-il apporté pour davantage de résilience (prise en compte des risques actuels et des enjeux évolutifs) ?

  • CQ 4.2. Le cas échéant, prise en compte du risque existant ou évolutif de mouvement de terrain lié à l’eau dès la phase de conception de l’ÉcoQuartier
  • CQ 4.3. Appréhension dès la phase de conception des possibles aggravations des pressions quantitatives sur la ressource en eau (vision au terme de la réalisation de l'ÉcoQuartier)
  • CQ 4.6. Développement d’un urbanisme favorisant le rafraîchissement des espaces
  • Information / suivi / sensibilisation

QE 5. Quels dispositifs de sensibilisation existe-t-il sur le quartier pour davantage de résilience ?

  • CQ 5.1. Niveau de sensibilisation des usagers (une stratégie de gestion de l'exposition démographique aux périodes de canicule ?)
  • CQ 5.4. Quels dispositifs de suivi ou d’évaluation existe-t-il sur le quartier pour observer son évolution face aux risques et aux évolutions du climat et s’y préparer ?
  • CQ 5.5. Suivi des variables climatiques

QE 6. Quels dispositifs de suivi ou d’évaluation existe-t-il sur le quartier pour observer son évolution face aux risques et aux évolutions du climat et s’y préparer ?

  • CQ 6.1. Évolution de la vulnérabilité au risque inondation dans le futur

QE 7. Quels dispositifs de gestion de crise existe-t-il sur le quartier pour contrôler l’évolution du quartier face aux risques et à l’évolution du climat ?

  • CQ 7.1. Dispositifs de gestion de crise
  • CQ 7.2. Existence d’un dispositif de surveillance et d’alerte ?

II.3. Les deux indicateurs de l’observation nationale

Dans une logique d’observation nationale, le MEDDE a demandé que soit identifié deux indicateurs par engagements pour alimenter la méthode d’évaluation globale des ÉcoQuartier. Concernant l’engagement 16, un indicateur quantitatif sur l’exposition aux risques et un indicateur qualitatif en matière de gouvernance ont été retenu.


E16.1. Quels risques sont / ont été identifiés au sein du périmètre de l’ÉcoQuartier et le changement climatique a-t-il été identifié comme facteur d'aggravation de ceux-ci ?


Cet indicateur cadre la prise en compte des enjeux à l’initiation du projet. Il permet de recenser les risques existants sur le site, qu’il s’agisse de risques majeurs faisant l’objet d’une réglementation ou de risques non réglementaires (tel que le phénomène d’îlot de chaleur pouvant renforcer le risque caniculaire). Ce recensement se double d’une application des projections climatiques sur ces risques pour déterminer leurs évolutions tendancielles. Il est quantitatif car une échelle d’enjeux fort / moyen / faible / sans objet s’applique sans qu’il existe de valeur de référence.


E16.2. Quel fut le niveau d’engagement du porteur lors de la conception du projet concernant sa résilience vis à vis des risques et de l’adaptation au changement climatique ?


L'indicateur permet de qualifier la façon dont le porteur de projet s’est engagé en faveur (1) de la résilience aux risques allant au-delà des contraintes réglementaires et (2) de l’adaptation au changement climatique. Cet indicateur veut mettre en avant les approches systémiques que les porteurs de projet ont pu développer dans leurs démarches de conception. En ce sens, il ne distingue par les deux notions mais tente de les associer (1 + 2) dans une analyse matricielle.
L’indicateur se concentre sur les moyens mis en oeuvre par le porteur de projet et non sur les résultats obtenus à chaque grande phase de conception du projet d’ÉcoQuartier. L’indicateur requière une analyse matricielle préalable pour interroger toute les facettes du processus de projet au regard de l’adaptation. Ce travail préalable fait, il doit ensuite permettre de répondre à cette question ouverte : Quel fut l’engagement du porteur lors de la conception du projet concernant la résilience vis à vis des risques et de l’adaptation au changement climatique ? La réponse est libre (maximum de 3 000 caractères espaces inclus).
L’association d’un indicateur quantitatif - représentatif du questionnement évaluatif de l’engagement 16 - avec un indicateur qualitatif plus proche d’un questionnement politique - tel qu’il a pu être identifié dans les discours des candidats - permet d’obtenir une première image de la position de l’ÉcoQuartier vis à vis de l’adaptation au changement climatique. Cette première approche reste bien entendu complémentaire de l’évaluation complète de l’engagement.

II.4. Limites et incertitudes de l’exercice tel qu’il découle des questions évaluatives ci-dessus

La difficulté réside dans la grande diversité des risques urbains. Chaque ÉcoQuartier devrait faire l’objet d’une analyse particulière en fonction de sa vulnérabilité (territoires de montagne, soumis à des crues lentes ou des crues rapides, territoires littoraux, ultramarins…). Il s’agit donc dans un premier temps de donner un aperçu des risques existant et/ou connus sans chercher à les caractériser davantage.


À ce stade, et en fonction des indicateurs retenus, l’accent a été mis sur des aspects particuliers de la vulnérabilité des l’ÉcoQuartier : conscience du risque, alerte et gestion de crise, prise en compte dans l’urbanisme, protection, adaptation du bâti et de ses usages au risque. Sur les 8 catégories d’enjeux classiquement identifiées (bâti, activités économiques, enjeu humain, établissements sensibles, patrimoine, milieux naturels, réseaux dont infrastructures, équipements stratégiques pour la gestion de crise) il faudrait également veiller à avoir un équilibre dans les indicateurs.


Une première présentation de la méthodologie d’évaluation de l’engagement 16 à deux collectivités test a permis de s’assurer de l’intelligibilité de la démarche. Maintenant, une phase de teste d’une plus grande ampleur va avoir lieu avec les onze méthodologies (s’appliquant aux 20 engagements) combinées.

Une évaluation en devenir

À l’issue de cette étude, trois questions se posent à nous. Quel est l’impact du climat et de son évolution sur un territoire ? cela sous entend l’organisation de la connaissance à différentes échelles territoriales. Le périmètre à prendre en compte pour les opérations d’aménagement ne se limite pas à leur emprise directe. De plus, il convient d’établir un lien entre le projet d’adaptation locale et les différents documents de planification (SRCAE, PLU, SCoT, Plan climat…). Ce constat plaide, s’il le fallait, pour un renforcement de la connaissance localisée des effets du changement climatiques. D’autre part, il engage à une réflexion à grande échelle sur l’opportunité de localisation de certains aménagements (éviter de construire par exemple là où il y a un aléa prévisible plutôt que de s’échiner à adapter les aménagements).


Quelle efficience de l’adaptation au changement climatique ? L’adaptation optimale - le tout adapté - ne serait pas soutenable financièrement. Il convient plutôt d’ajuster nos réponses au plus près des enjeux territoriaux par une évaluation ex-ante. Cela interroge aussi l’élaboration des options d’adaptation, l’arbitrage entre ces choix et l’arbitrage avec d’autres besoins tous aussi importants et plus immédiats. Pour cela, il convient de développer une ingénierie spécifique (liée à l’élaboration de la connaissance climatique et de ses effets sur la ville). Des modèles existent et des méthodes d’analyses sont disponibles. D’autre part, des expérimentations ont déjà eu lieu, portées par des collectivités ambitieuses, qui permettent des premiers retours d’expérience. Ces retours nous conduisent à réviser quelque peu notre méthodologie d’évaluation : il nous faut passer d’une évaluation quantitative de résultats à une évaluation de moyens pour permettre d’intégrer des innovations insoupçonnées qui seraient développées par les territoires. Il s’agit d’insister sur le caractère exploratoire de la période dans laquelle nous nous situons : il n’existe pas encore de méthode avérée, encore moins de doctrine, et une grande place peut être accordée à l’expérimentation pour peu qu’elle soit évaluée et capitalisée afin de pouvoir bénéficier à tous. Il serait nécessaire de créer un centre de ressources national sur le sujet.


Quelles réponses un projet peut-il apporter pour davantage de résilience au climat ? Les effets du changement climatique entraîneront des combinaisons locales d’aléas à l’intensité variable dans le temps. Ce constat impose de privilégier une approche systémique de ces impacts sur le cycle de vie des éléments architecturaux et urbains. Cela engage à une double réflexion. D’une part, les projections climatiques, associées à une prospective sur l’évolution des pratiques et des modes de vie, doivent être croisées avec la durabilité des aménagements. D’autre part, au-delà de la résistance de l'aménagement en lui-même, il faut interroger la capacité de ce dernier à favoriser l’adaptation. Faut-il concevoir des aménagements adaptés, adaptables, ou encore réversibles ?


Ces trois questions, issues de nos réflexions lors de l’élaboration de cette méthodologie, nous poussent vers une évaluation qui soit un processus ouvert dans la durée, ex-ante, in-itinere et ex-post. Elle doit s’attacher à ne pas envisager l’adaptation comme une somme d’actions mais doit devenir le lieu à partir duquel s’interroge le projet au regard des effets du changement climatique. Dans l’exercice qui nous était confié, nous ne pouvions pas aller plus loin. Néanmoins, l’appréhension du changement climatique nous pousse à revoir nos modes de conception et d’exécution de projet et l’évaluation pourrait en devenir la colonne vertébrale.

Contribution du Cerema au colloque "Changements climatiques, Aménagement de l’espace & Transition urbanistique" des 5 et 6 octobre 2015, Faculté Victor Segalen, Brest

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