Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Favoriser l’expérience de l’espace-temps dans le musée du XXIe siècle

Réponse à l’appel à idées du ministère de la culture et de la communication "Imaginons ensemble les Musées de demain" publié par Mission "Musées du XXIe siècle", le 27 septembre 2016.

Trois constats

Malgré des muséographies et des scénographies savantes, le musée d’aujourd’hui suit une logique de stock : expositions temporaires ou permanentes d’œuvres et réserves. Dans les salles d’exposition, la plupart des visiteurs font « l’état du stock » en passant d’œuvre en œuvre, ce qui rend souvent la visite fastidieuse pour un public non averti.


Un musée ne se limite pas à ses murs et son image de marque - son enveloppe symbolique - se développe dans ses lieux d’affichage. Elle est liée à l’expérience de « l’avant visite » en regardant une affiche sur un abri de bus ou par la consultation du site Internet du musée et à l’expérience de « l’après visite » en ramenant chez soi un « morceau du musée » sous la forme d’une carte postale ou d’une affiche qui sera laissée longtemps sur un mur encore après la fin de l’exposition.


L’envie du public tend à l’optimisation du temps de visite (et non la réduction) et à l’individualisation de l’expérience. Il importe aujourd’hui de pouvoir participer à un évènement collectif (la visite d’une collection permanente ou d’une exposition temporaire) tout en en retirant une expérience individuelle.

Quatre propositions qui se rejoignent

  1. Travailler dans l’enveloppe symbolique du musée et plus uniquement entre ses murs.
  2. Étendre l’espace-temps de la visite avec « l’avant visite » et « l’après visite » qui feraient partie intégrante de l’expérience.
  3. Mettre le visiteur et non l’œuvre au centre du projet muséographique. Le visiteur doit être considéré comme une œuvre vivante.
  4. Thématiser les visites pour les individualiser à partir de questionnements individuels mais aussi de l’actualité ou d’une thématique mise en avant par un commissariat spécifique.
Favoriser l’expérience de l’espace-temps dans le musée du XXIe siècle

Une idée centrale

Favoriser l’expérience de l’espace-temps « visite »

Favoriser l’expérience de l’espace-temps dans le musée du XXIe siècle

En pratique cela donne quoi ?

Il ne s’agit ni de changer les lieux, ni les horaires, ni même la scénographie. Tout cela doit continuer à évoluer selon une logique propre. Il s’agit de travailler en termes de rythmes et d’attention en proposant des programmes de visite sur mesure en fonction des attentes des visiteurs et d’une thématique issue de l’actualité où en prise avec l’état de la société. En mettant en avant que les œuvres du passé et du présent peuvent éclairer l’avenir, il s’agirait de créer des parcours mettant en relation certaines œuvres entre elles (même si elles sont éloignées dans le musée), mais aussi les œuvres et des lieux où des objets urbains extérieurs. Il s’agirait de créer une histoire spécifique pour chaque visite.

Le numérique peut y aider même si ce n’est pas le seul médium possible. Dans l’état actuel de la technologie, il est envisageable une application pour smartphone par exemple qui composerait un itinéraire spécifique pour chacun en fonction d’un algorithme qui combinerait le recensement des œuvres, une connaissance des appétences du visiteur (via un questionnement initial) et les lieux ou objets extérieurs pouvant s’y rattacher. La technologie évoluera et il y aura des moyens de plus en plus sophistiqués pour individualiser l’expérience. D’autre part, d’autres moyens peuvent être envisagés comme une médiation sur mesure ou encore l’exposition ou la reproduction d’œuvres dans l’espace public ou dans les lieux de transport.

Favoriser l’expérience de l’espace-temps dans le musée du XXIe siècle

Références théoriques

Gaston Bachelard, introduisit dès 1950 l’analyse des rythmes de vie baptisée « rythmanalyse » dans « La dialectique de la durée ». cette même analyse sera reprise ensuite par Henri Lefebvre « Éléments de rythmanalyse. Introduction à la connaissance des rythmes » : il place le rythme au cœur de la vie quotidienne en identifiant des temporalités et leurs relations dans des ensembles. Cela nous conduit à reconnaitre l’existence de chronotopes urbains et à porter une attention particulière aux régimes spatio-temporels de la ville. Dans « Accélération, une critique sociale du temps » (2010), Artmut Rosa avance d’un pas en expliquant qu’« on peut donc postuler sans risque que la date de naissance de la modernité fut celle où se produisit l’émancipation du temps vis-à-vis de l’espace, qui est à l’origine du processus d’accélération ». Il semblerait que le temps ait pris une grande importance dans la vie urbaine d’autant que « les structures temporelles de la modernité tardive semblent se caractériser dans une large mesure par la fragmentation. C’est-à-dire par la décomposition des enchainements d’actions et d’expériences en séquences de plus en plus brèves, avec des zones d’attention qui se réduisent constamment ». Voici quelques années, le sociologue espagnol Manuel Castels précisait déjà que notre société se caractérisait par le passage de « l’espace des lieux » à « l’espace des flux », ce dernier étant dépourvu de centre, fonctionnant en réseau au sein d’une gouvernance instable.

Article précédent Article suivant
Retour à l'accueil
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :