Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Délice impérial













Souvent la lumière est trop puissante, à la manière de celle des laveries automatiques. Une série de néons blafards éclaire la rue depuis l’intérieur. Au-dessus, les lettres de l’enseigne sont vernis, le rouge «
 laque de chine » est de mise. « Palais de jade », « la cascade » « Délice impérial » : Je pousse la porte, le carillon métallique se met en mouvement, ses notes acides remplissent alors l’espace. Le client est souvent seul dans un premier temps, puis, du fond de la boutique apparaissent deux personnes. Des femmes, une mère et sa fille, des cousines peut-être. L’organisation est toujours la même : un comptoir de verre sépare le client de ses hôtes. Au bout de ce meuble une caisse enregistreuse, devant un cendrier avec une vue nocturne de Hong-Kong recevra la monnaie. A l’arrière une série d’étagères et de miroirs fait valoir le choix possible de boissons. Le tout est stratifié, brillant, improbable : une variation sur le thème de la « ronce de noyer », de la « loupe d’orme ». Les plats sont là rangés dans des plateaux de plastique blanc tous identiques, l’organisation est méthodique. Une série d’étiquettes alignées sur des pics fait naître un jardin d’adjectifs.

 

« Le porc est caramélisé, le carnard laqué, le bœuf sauté, le poulet croustillant, les crevettes piquantes ».

 

Ma jeune interlocutrice me sourit, elle semble être victime à la fois de la mode européenne et de la « manga’s touch » des adolescentes d’Asie. Sa mère toute en retenue l’observe, choc des générations, barrière de la langue. A la radio une diva chinoise reprend en mandarin des standards de la pop américaine, un autre membre de la famille entre et s’installe sur une des tables, il observe son portable. L’organisation spatiale est sans génie, on devine un espace économiquement optimisé. Le rythme est régulier, pour une table deux chaises. Le long des murs, sur ces mêmes tables, des sauces, camaïeux de couleur allant du rouge au noir, du sucré au salé….

 

La porte s’ouvre, le carillon tinte à nouveau, retour à la réalité :

 

« A consommer sur place, s’il vous plaît, un menu à 5,90 " 

deux bouchées vapeur, un plat au choix (hors st jacques) un riz cantonnais, du nougat » la sauce sera offerte…

 

Morceaux d’Asie digérés par Paris, symboles d’une intégration par le travail, par la réussite.

Consommateurs en quête d’ailleurs et de prix maîtrisés.

 

 

Stéphan Legois

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