Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

PARIS 1960

Il est temps de revisiter les années maudites, celles des tours et des barres. Trente, quarante ans, une génération a passé. Le pavillon a enterré les grands ensembles, le tramway les RER, le « contexte » ou le local, les utopies. Il semble que c’est dans la critique même qui a été faite de l’urbanisme et de l’architecture des années 60, qu’on peut tirer des enseignements sur notre époque. Les utopies de ces années-là étaient totalement alimentées par une forte croissance économique, une volonté rédemptrice de changement et de modernité après la guerre, une fois dans le progrès. De ce point de vue, les grands ensembles et les utopies urbaines (Archigram, Superstudio, Yonel Friedman) sont liées. Il y avait beaucoup à faire, on pensait en grand, sans beaucoup de détail. Le Corbusier et les CIAM parlaient d’ « établissement humain ». La science-fiction, le culte de l’espace étaient florissants.

Sans être économiste, on peut se dire que la croissance économique et que la dimension imaginaire, ou utopique d’une époque sont liées. Le repli sur l’histoire, l’individu, le contexte de l’architecture des années 80 marque aussi une restriction de la « taille » de l’imaginaire. Aujourd’hui, l’architecture est en pleine politique de l’autruche : une compétition non plus seulement d’objets, mais d’enveloppes d’objets, avec une conception de la ville assez lâche et floue au mieux comme un « laisser faire ». Récupérer la préoccupation de la multitude, de la survie du plus grand nombre ensemble dans ce qui n’est plus depuis belle lurette un environnement naturel, doit être le fait de notre génération. De ce point de vue, regarder maintenant avec un œil curieux et équitable l’apport des années 60 – 70 peut être intéressant. Les tours et les barres sont un héritage, bon ou mauvais, de densité urbaine qui a le mérite d’exister. C’est un patrimoine à regarder en face, c’est un matériau pour la ville de demain.

Il va nous falloir des scénarii. Nous ne pouvons éternellement bricoler nos objets dans notre coin. Il faut allier à nouveau ville, transports, lieux, vie en commun, densité, architecture, culture et nature. Dépoussiérons les utopies des années 1960, faisons-en l’inventaire et la critique. Les idées, au même titre que le bâti de cette époque constituent notre patrimoine à partir duquel une modernité reste à inventer. L’idée de PARIS 1960 serait de procéder à un catalogue raisonné de la production architecturale et urbanistique de ces années, de tracer leur devenir actuel ou à venir. Un plan sera élaboré sous peu. Appel à contributions !

Jean-Philippe Doré

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