Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

New York

 


Enfant, j’ai passé chaque été sur la côte atlantique, à 4.800 kilomètres exactement de New York. Je me souviens que mes parents abusant de ma crédulité, disaient que les jours de beaux temps, en fixant l’horizon au crépuscule, on pouvait voir s’allumer les lumières de Manhattan. J’ai longtemps vécu dans le mythe d’une ville immense à la portée du regard, observée depuis la côte sauvage d’une île française.

 

Mitoyen au terrain où nous campions chaque été, un couple âgé avait aménagé une sorte d’abri souterrain pour répondre par un pied de nez à l’inconstructibilité du site. Enfant, je les voyais entrer et sortir du sol, accompagnés de tous les ustensiles de la vie quotidienne, comme s’ils vivaient dans un terrier, lapins géants au pays d’Alice. Ainsi, du même point de vue, j’observais la maison cachée et la ville cachée. Assis sur la dune, faisant lentement collé le sable entre mes doigts, je rêvais d’un palais souterrain et luxuriant et d’une ville gigantesque et quelque peu inquiétante.

 

Bien des années plus tard, je me pose encore ces questions. La maison et la ville ne sont-elles pas toujours rêvées ? Ne rêve-t-on pas autant que l’on habite les lieux ? Quelle est la part de l’imaginaire dans le regard que l’on pose sur les choses ?

Jean RICHER

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