Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Spider King Kong

Dans le Film King Kong de 1933, on voit l’animal géant grimper sur des buildings de carton-pâte. En quelques minutes, le monstre sauvage varie en taille et la vraisemblance de sa hauteur ne semble pas préoccuper le réalisateur. King Kong ouvre en 1993 une brèche dans l’imaginaire cinématographique et urbain, l’apparition de la sauvagerie au cœur d’une métropole. Il s’agit là moins de la violence que de l’idée d’une nature indomptable dont on ne pas triompher que par la mort. De son île perdue à la plus grande ville du monde de l’époque, Kong apparaît comme l’antithèse de l’urbain et de la modernité que seule la technologie de l’aviation arrivera à supprimer. Après sa chute dans le vide à la fin du film, on retrouve le corps inerte de Kong allongé dans la rue et entouré d’une population à la fois craintive et curieuse. La mise en scène est imparable car il aura fallu patienter plus de la moitié du film en observant le gorille géant triomphé de plusieurs dinosaures pour ensuite le retrouver à l’assaut de l’Empire States building après avoir ravi la jolie blonde dans sa chambre d’hôtel.

 

Ce film ouvre aussi l’idée dans une ville géante où nous habitons les rues et les étages, que la sauvagerie du grand singe accapare le vide abstrait entre les tours dont il fait l’ascension extérieure. Cette occupation du vide médian lui revient tel un roi… C’est au sommet de la plus grande tour, donc désormais dans le ciel, que Kong va être anéanti. Sa mort viendra elle-même du ciel. Il fut un moment le maître de la ville lorsqu’il était dans le vide médian, accroché aux parois des immeubles.

 

D’autres héros à la suite ont conquit ce vide médian situé entre la rue et le sommet des plus hautes tours. Issus des pages des Marvell, spider man, Batman, superman et autres seront les maîtres de cet espace lors de bagarres titanesques. Spider Man tient une place particulière dans ce panthéon pop-art puisqu’il utilise la surface vitrée des tours pour y ancrer sa toile, et comme un tarzan dans la jungle, sauter de liane en liane. Il y a quelque chose de trop abstrait chez superman. Il vole libre de tout support matériel tandis que spider man s’accroche, adhère puis saute, traverse le vide pour atterrir sur la façade plane d’une tour. Cela fait de lui l’héritier de King Kong.

 

Le gorille géant puis spider man sont peut-être l’angoisse incarnée et primitive de notre incompréhension à construire des objets auxquels nous n’avons que partiellement accès. Ou alors ils sont le témoignage réel de notre interrogation sur l’extériorité dans une réflexion duelle avec l’intériorité de nos constructions. Si la vie sociale s’abrite à l’intérieur, alors quel est ce terrain inhospitalier et antagonique qui se développe à l’extérieur. Par ces fantastiques exégèses, « l’autre côté », là juste derrière la fenêtre, l’espace du vide médian, se retrouve habité par nos fantasmes, concrétisé par un gorille démesuré ou une araignée géante.

Jean RICHER

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