Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Réalité - 1

Comprendre l'architecture, c'est comprendre le réel? Cela m'a un temps paru évident. Il y a la construction, qui est indéniable, contingente, épreuve du feu de l'objet mental (projet) qui devient réel. Qui entre dans la sphère du réel, qui naît dans la lumière du réel. Heidegger, dans l'essai sur la technique, parle de "dévoilement". Ce qui n'était pas, est. Dans le cas de l'architecture, l'objet ainsi dévoilé provoque toujours un peu de stupeur. Il est à la fois l'objet que l'on a longuement imaginé, prémédité, décrit, prévu dans ses moindres détails, circonscrit; et un objet totalement différent, étranger puisque expulsé de notre sphère mentale intime. En définitive, l'objet qui est dans la lumière du réel, nous surprend, et nous échappe. Il part rejoindre les choses. De quasi sujet, il devient objet parmi les objets, inerte, surprenant, autre.

 

Ainsi en architecture il y aurait cette expérience spécifique du "dévoilement" de la construction, à mettre dans la balance. Construire, ce serait "faire du réel". Et ceux qui appartiennent à ce dévoilement (la construction) seraient plus que les autres "dans le réel". Je pense qu'il peut y avoir là une argumentation un peu simpliste: d'un côté le réel, la matière, les choses; et de l'autre, un virtuel polymorphe et peu défini.

 

Ces derniers temps, même si je suis toujours aussi fasciné par le "dévoilement", je crois moins à cette suprématie du réel. Ou plutôt, je doute. Je me dis: le réel lui-même n'aurait-il pas muté? La séparation entre "réel" et "virtuel" n'est-elle pas beaucoup plus floue? N'y a-t'il pas toujours une part importante de "virtuel" dans notre perception du monde. Car après tout, même la matière, nous ne l'appréhendons qu'au travers de sensations.

 

Donc je commence à douter d'un "réel transcendant" en architecture, et parallèlement je m'intéresse depuis un an environ, à une autre approche "sociale " de la réalité ou du réel, à travers les œuvres d'un certain Castoriadis dont je te parlerai plus longuement. Lui pense que toute société auto-institue sa propre réalité pour s'y identifier. Le réel ainsi serait une sorte d'hallucination collective.

 

Jean-Philippe DORE (2001)

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