Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Réalité - 3

Renvois, reflets, facettes, impalpable réalité. Ma chair, du virtuel ? du vent ? Et quand au matin, sortant du sommeil, je rencontre le thé brûlant dans la solidité d'un bol de faïence, le bord dessiné pour les lèvres est dur et la vapeur s'élève en léger tourbillon au dessus de l'infusion. Comme un rite quotidien, la rencontre de l'évanescence ouvre ma journée. Je ne suis pas philosophe mais je m'éveille chaque matin dans la vapeur du thé.

 

Le monde des choses "en notre absence" est fascinant et notre correspondance atteint avec lui son premier port d'attache. Tu as raison : parce nous convoitons la substance des choses qui nous échappe, nous critiquons veulement l'instabilité du virtuel qui est pourtant l'évanescence de la dynamique même de notre monde. Quelle alternative me diras-tu entre les choses silencieuses d'un côté et un creux actif de l'autre ? Comment ne veut-tu pas paniquer : d'un côté l'absence de visibilité, un certain vide, de l'autre un creux, un autre vide. Pour des adultes élevés au slogan scientifique de "la nature a horreur du vide", quelle révolution ! Révolution qu'il faut conduire vite car les technologies de l'information et de l'évènement nous ont propulsées sans nous en rendre compte vers la déterritorialisation, vers les notions d'hypercortex et d'hypercorps, dans un espace fluctuant.

 

Le monde en dehors de nous nous échappe - a quoi bon nous obstiner à l'interpréter - mieux vaut -il machiner un dispositif permettant à la part muette du monde de faire entendre son propre chant. Le moment n'est plus à la forme narrative et comme l'annonçait déjà Aldo VAN EYK : définir par la forme une signification latente, au lieu de la laisser endormie dans la forme, c'est trahir l'art, faire violence à la signification, et bloquer la sensibilité. Il n'y a poésie disait-il que si reste ouvert l'espace d'une polysémie latente et indéfinie. Ne crois pas que je fasse de cela un dogme, l'histoire de l'architecture en a trop connu, mais j'entrevois là un art de l'ouverture, une nouvelle hospitalité.

Amicalement

 

Jean RICHER (2001)

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