Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Réseaux matériels et immatériels

La complexité de l’économie actuelle doit être mesurée à l’aune de la révolution des technologies de l’information qui, aujourd’hui, bouleverse l’ensemble des activités humaines. Il faut observer que l’évolution des télécommunications se manifeste à un moment démographique crucial pour la planète. Depuis de 2005, la moitié de la population mondiale sera concentrée dans les villes. En 2025, deux tiers des habitants de la planète seront urbains. Ce phénomène essentiellement urbain expose donc une temporalité double. Il y a celle de l’aménagement, qui est un temps planifié dans sa réalisation en fonction des contraintes physiques et réglementaires. Une seconde temporalité apparaît avec le temps induit par les nouveaux réseaux en fonctionnement. Le réseau routier et l’usage de la voiture en sont un exemple. Le temps réel des télécommunications numériques, bien plus vif, en est un autre. Dans ce cadre, les échelles abordées et leurs éventuelles interactions sont nombreuses et l’histoire du développement des réseaux peut être vu comme un accroissement exponentiel de leur aire d’influence. Si l’assainissement ne concernait à l’origine que certains quartiers dans une ville, l’aménagement du réseau Internet se fait à l’échelle mondiale. Il faut dès lors noter que l’enjeu des réseaux réside surtout dans leur interconnexion permettant d’articuler différentes échelles spatiales.

 

Selon l’expression de Joël Tarr, la grande ville occidentale est passée en cent cinquante ans du statut de pedestrian city à celui de network city. Dans un espace temps relativement court au regard de leur histoire, les villes occidentales se sont dotées de réseaux de transport individuels ou collectifs, de communication, d’éclairage public, d’énergie électrique, de gaz, d’eau, d’assainissement, …suivant des modalités administratives et techniques très diverses. La seule caractéristique commune des dispositifs mis en place et regroupés sous le terme générique de réseaux techniques, est qu’ils fournissent de façon permanente, grâce à une technologie adéquate et a une organisation collective contrôlée ou non par la puissance publique, des services de transfert et de communication répartis sur un grand nombre de points de l’espace urbain. Cette extension de la desserte à un très grand nombre à pour effet de solidariser les points desservis et au-delà les consommateurs.L’extension des réseaux techniques obéit à un schéma tendanciel généralisable. Une première phase de démarrage plutôt lente et difficile coïncide avec l’adaptation du public et la mise au point du produit. Puis, passé une certaine masse critique, se manifestent des effets de réseaux, à savoir économies d’échelle du côté de l’offre, et effet d’avalanche du côté de la demande. Le raccordement est alors d’autant plus demandé que le réseau est étendu.

 

Ubiquité, immédiateté des relations toujours permises mais choisies dans le temps et dans l’espace, tel paraît être le nouvel idéal social des réseaux. A côté de leur fonctionnalité, transporter des fluides, des voyageurs, des signaux, les réseaux, désormais omniprésents dans l’espace urbain et au-delà, acquièrent une valeur commune relative à cet idéal : la matérialité de l’accès à un réseau ne fonctionne pas seulement comme un lien physique joignant entre eux tous les raccordés mais aussi comme un lien symbolique d’appartenance à une même communauté, à un même territoire organisé. Dans le domaine des transports, le réseau est souvent vécu comme étant un mouvement de lignes matérielles ou immatérielles qui recomposent un territoire divergent des limites administratives territoriales. Le sens des lieux ne se retrouve, lentement, que dans les relations avec d’autres lieux, avec d’autres points créant un système d’interrelations à partir d’un nouveau territoire unique. Le déplacement quotidien n’est plus un déplacement dans un espace homogène, mais un double déplacement spatial et temporel voyant la prise de possession d’un nouveau territoire-réseau.

 

Aux discontinuités linéaires de l’espace, créées par les frontières des périmètres historiques, ou administratifs, le réseau substitue une discontinuité intrinsèque qui efface en quelque sorte l’espace géographique hors des nœuds et des liaisons en créant un espace particulier. A la base de la notion de réseau, il faut reconnaître l’affirmation d’une diversité de points dans l’espace. Ces points seront animés de projets transactionnels qui leur donneront une épaisseur géographique et sociale : Il y a une  définition récursive du réseau, qui implique simultanément singularité (des points) et régularité (de la nature de la relation entre les points).

 

Les nouvelles technologies de la communication ne révolutionnent pas littéralement la logique globale des réseaux. Elles introduisent en revanche une nouvelle échelle, totale ou presque, qui aboutit au phénomène de la mondialisation pour reprendre l’expression de Mac LUHAN. L’économie internationale fonctionne maintenant en temps réel, comme un espace économique et financier quasi unifié. La globalisation n’est donc pas seulement une internationalisation plus importante des économies et des firmes mais implique des changements qualitatifs à l’échelle urbaine.

 

Jean RICHER

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