Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Postmodernité

David Harvey, dans « The condition of postmodernity », en suivant une analyse marxiste, postule que nous aurions assisté à des changements majeurs, depuis les années soixante-dix, quant à notre expérience quotidienne de l’urbain. Deux causes à cela : d’une part le mode de production capitaliste industrielle a été remplacé par de nouveaux moyens d’accumulation flexibles et, d’autre part, les réseaux délocalisés ont pris le pas sur les grands groupes territoriaux. Alors que la modernité correspondait à la société industrielle, la postmodernité coïnciderait avec une société informationnelle dans laquelle l’espace et le temps se rapportent à une nouvelle configuration. L’introduction de nouvelles technologies, dans une foule de domaines allant des transports aux communications, a stimulé de nouveaux rapports à l’espace et au temps. En participant à la redéfinition de notre conception des durées et des distances, ces nouvelles technologies ont suscité de nouvelles représentations mentales : la vitesse, la simultanéité, l’instantanéité, se sont ajoutées aux dimensions spatiales traditionnelles. Ces modifications de la perception de la grandeur spatiales ont contribuées à revoir la notion de temporalité, enchaînée désormais à la quête incessante de la rapidité. Ce propos repose sur l’idée que le mode de production capitaliste, et les systèmes institutionnels qui lui sont subordonnés, sont orientés vers une recherche permanente d’appropriation du temps, et de l’espace. Ce propos se fait le prolongement de la pensée de Henri LEFEBVRE.

 

La condition postmoderne qui en résulte s’inscrit néanmoins dans des vagues successives de compression du temps et de l’espace, provoquées par les tendances à l’accumulation du capital. La conséquence ultime du phénomène se lit dans l’uniformisation de l’espace : c’est par le biais de la conquête du temps et des distances que se produit cette homogénéisation de l’espace. L’espace-temps, dès que l’on cesse de le définir par la rationalité  industrielle – par son projet d’homogénéité – apparaît comme différentiel, chaque lieu et chaque moment n’ayant d’existence que dans un ensemble, par les contrastes et oppositions qui le relient aux autres lieux et moments en le distinguant prévenait déjà Lefebvre.

 

En acceptant l’idée que le contrôle de l’espace associé au mode de production capitaliste conduit au contrôle social de l’espace vécu quotidien, Harvey en cerne les conséquences pour la ville. Une tension perpétuelle sévit entre l’appropriation libre de l’espace à des fins individuelles et sociales et la domination de l’espace par la domination de la propriété privée et de l’état : en s’infiltrant dans la vie quotidienne, le capitalisme tend à marginaliser les espaces et les acteurs qui lui sont étrangers. La ville postmoderne tend à devenir une simple marchandise en fonction de l’accumulation du capital du fait du rapprochement entre les systèmes politico-institutionnels de production et les systèmes culturels de consommation. La marchandisation de la ville passe par un renversement ontologique de l’ordre urbain : dorénavant, l’esthétique prédomine sur l’éthique et désormais, dans l’organisation du capitalisme avancé, l’émergence des formes culturelles et les nouveaux modes d’accumulation flexibles, s’articulent au cycle de la compression de l’espace-temps.

 

Jean RICHER

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