Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Architecture

Au tournant des révolutions technologiques, comme lors des mutations profondes dans les mœurs, l’architecture est mise en demeure d’évoluer. Prise aujourd’hui dans l’urgence de se convertir aux impératifs de l’âge électronique, dans ce qu’il est convenu d’appeler la nouvelle économie à l’heure de la globalisation des marchés, elle semble pourtant balbutier. Depuis l’idée du Corbusier qui était que l’organisation moderne doit « créer la visualisation des évènements, les rendre saisissables presque instantanément au regard. Il faut un lieu pour cela, des méthodes d’expositions, en l’occurrence des bâtiments », les choses ont changé. L’inforoute du futur et ses réseaux ont transformé les individus en passe-muraille et les édifices en objets anachroniques. Est-ce alors la fin de l’architecture ? Il s’agit, en tout cas, d’une mutation profonde ne serait-ce que dans l’activité de conception : la notation, la représentation, la modélisation, la simulation, l’intégration des données, l’organisation des transactions entre les acteurs, la délocalisation et la fragmentation du processus… tout cela nous pousse-t-il vers cet « art total » dont parle Pierre Restany ou bien vers une disparition pure et simple de l’architecture ?

 

En conclusion de premier chapitre de l’Espace critique, la ville surexposée, Paul Virilio prédit « En fait, si l’architectonique se mesurait bien à la géologie, à la tectonique des reliefs naturels, avec les pyramides, les tours et autres détours néogothiques, elle ne se mesure plus désormais qu’aux techniques de pointe dont les vertigineuses prouesses nous exilent toutes de l’horizon terrestre ». A côté des techniques de la construction, se pose la question de la construction des techniques, et  de l’éventuelle disjonction entre architecture et construction. En 1967, dans un essai sur « la « dimension amoureuse » en architecture » étaients décrit ces deux extrêmes que sont l’architecture comme « œuvre totale » (Gesamtkunstwerk) et l’architecture comme « conditionnement de l’existence » (life conditioning). Ces deux termes reprennent les tentations constantes des architectes lorsqu’ils renoncent à créer des formes signifiantes liées à un fond commun de culture, lorsqu’ils mettent en doute « la possibilité permanente de l’homme ».

 

Alors que l’architecture était un projet d’espace, une image des lieux prise dans les plis d’un territoire, et dans un incessant passage de la partie au tout, son sens et son rôle semble devoir se redéfinir.

 

Jean RICHER

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