Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

La profondeur de l'image plate

« La profondeur est l’endroit où notre cerveau et l’univers se rejoignent » disait CEZANNE. La peinture, tout comme la photographie, ne cherche pas à ajouter une dimension supplémentaire aux deux dimensions du format, ou même d’organiser un simulacre consistant à ressembler autant que possible à la vision empirique. La profondeur picturale. La profondeur germe sur son support comme aimait à le dire MERLEAU-PONTY, en dehors de toute relation physico-optique. La profondeur représente l’effort des choses pour venir au visible. En temps que telle, elle trouve un moyen d’expression dans la photographie.

 

La photographie par sa structure même est propice à dégager des notions binaires comme le noir et le blanc, la lumière et l'obscurité, l'ouvert et le fermé, et le dehors et le dedans. Le sujet est devant l'appareil : c'est l'instant de la pose. Lors de l'acte photographique et grâce à l'énergie de la lumière, l'image est s’impressionne en se plaquant sur le plan film. La communication de l'extérieur vers l'intérieur se fait par l'intermédiaire du diaphragme, sorte de passeur qui permet le réglage du flux lumineux, dosant avec précision la quantité de lumière qui imprègne la gélatine sensible. Par cette opération, on assiste au transport d'une rive à l'autre, de l'extérieur vers l'intérieur. Ce passage, perçu comme un mouvement, peut être considéré comme une profondeur apprivoisée, comme un retour des choses du visible vers leur existence interne. La pellicule ne retient que la voix de la lumière. Voila pourquoi notre mode principal d’expression sera la photographie, grâce à ce transport des choses et des êtres vers leur image profonde.

 

Par l’emploi de la photographie, nous visons enfin un dernier mouvement. Les images n’ont de l’importance que parce que le déplacement involontaire et imaginaire qui nous anime lors de leur contemplation constitue le mode privilégié de l’exploration de nous-mêmes. Car il s’agit bien d’une exploration où la condition humaine dans son ensemble peut se traduire en territoires et en itinéraires psychiques. Se perdre rêveusement dans la contemplation d’un paysage ou d’un corps représenté, ne serait-ce pas nous perdre en nous-mêmes, nous parcourir ?

 

Jean RICHER

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