Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Temps de l’être


























Vint le temps de l'être. En comprenant que l'être entretient une relation affectée avec lui-même et ce qui l'entoure, il n'était plus possible de continuer à lire l'existence uniquement selon des jalons extérieurs : une différence fondamentale émergeait entre existence et inertie du temps transitif. Nous comprenions que le sujet ouvre le monde autant qu'il s'y situe.

 

Nous évoluons avant tout à partir de notre projection dans le monde et l'être y est engagé à tel point qu'il se détache de l'instant commun. I’espace et le monde deviennent ce que notre discernement isole de la réalité. Les objets qui nous entourent réfléchissent notre action possible sur eux, engage notre perception. En son siège, l'être ne peut se fixer dans l'habitation d'une vie en soi. Il en est sans cesse expulsé, toujours poussé vers l'action, dans une confrontation au monde qui, loin de le contraindre, le localise en un lieu et dans l'enchaînement de ses actes, rouvrant aux possibles à venir.


Le passé, sûr, constant, comme réalité compacte, est dépassé puisqu'il faut le considérer comme un état obtenu au présent, infléchissant les possibilités du futur. La mémoire complète à tout instant l'expérience présente en l'enrichissant de l'expérience acquise. De même l'avenir comme inconnu absolu, est relativisé par l'engagement de l'être dans son projet. L'existence dans l'instant héberge projection de l'être dans le futur et référence au cheminement du passé, elle s'installe dans l'épaisseur du temps. Nous sommes de purs mouvants, intrigués par les possibles s'offrant à nous, expérimentant sans cesse notre exigence à durer. L'être se trouve sans cesse confronté au choix de faire ou ne pas faire, d'employer un moyen d'action parmi d'autres. Son projet englobe l'étendue de ses possibles ainsi que le souci d'un enchaînement de ses moments.


Le présent est difficilement définissable puisque, chacun pour nous-mêmes, nous ne suivons jamais totalement le rythme du monde. Totalement inconstant, le flux de nos phénomènes engage l'instant dans une énigme temporelle. A chaque seconde, notre être embrasse ce qu'il fut et ce qu'il pourrait être. Il n'y a jamais d'instantané, nous vivons chaque moment dans une durée propre. De plus, notre foisonnement incessant nous pousse à la schizophrénie des vies possibles s'offrant à chaque instant. Multiples mouvants, notre aventure de l'existence se déploie en dehors du temps mécanique ; nous vivons profondément dans des temporalités propres, qui se côtoient, se superposent suffisamment pour garantir une continuité minimum.

 
Crédit photographique Stéphanie BARBON

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