Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Matérialité

 

























L'interrogation de la durée amène une vision nouvelle de la matérialité. Derrière le foisonnement, nous ne pouvons plus dire que la substance se développe et se manifeste dans le rythme de l'écoulement du temps. En fait, l'aspect matériel est issu de la confusion réalisée, c'est à dire de la coïncidence de durées hétéroclites. Tout ce tumulte, cette noise, apparaît au visible en proposant des formes n'étant que les empreintes fossiles et éphémères du mouvement de chaque chose. Devant nos yeux, la qualité de la matière s'étale immobile en surface, mais vit et vibre en profondeur.

 

Du transport du temps surgit la variation, et le lieu où cela s'effectue s'appelle la durée. Charnelle et cinétique, elle regarde les choses en train d'être, et par sa dimension engage leur mouvement. La durée est un territoire, terrain de la confrontation de vibrations divergentes, dont le résultat est une confusion consolidée. La durée est un chant issu de la mobilité, hébergeant dans une même logique de présence la multitude des temporalités.

 

Impossible évidemment d'y voir un phénomène homogène ; elle qui se convulsé d'accélérations, de nouveautés, d'étonnement, de ruptures, coupés par des vides. Son caractère dynamique apparaît de prime abord sous forme d'impulsions, de saccades : sous forme discontinue. Prise dans le détail de son cours, une durée précise fourmille de lacunes, de vides.

 

Elle s'anime à notre regard, notre perception occupe une certaine épaisseur de durée. Lorsque expulsée de notre habitude, nous nous confrontons à ce qui nous entoure, au présent réalisé, nous la ressentons. Elle offre en réponse une vision réactualisée de ce qui est. L'interrogation étant incessante et non constante, la réponse est lacunaire. La dimension même de la durée varie en intensité, empruntant des rythmes plus lents ou plus rapides, mesurant le degré de tension ou de relâchement des consciences. Ce qui implique qu'il y ait des élans, des absences aussi. Nous voici en présence d'une forme organique du temps où la mêmeté apparente cache le foisonnement dans le cours de celle-ci.

 

Travailler la durée consiste donc à écouter le foisonnement ambiant, la noise, à profiter de son hétérogénéité, à accompagner la mobilité sans chercher à la circonscrire. Elle se situe dans l'épaisseur du temps, intéresse l'instant à ce qu'il fut, à ce qu'il pourrait être. Son moment est celui de la consolidation. Son processus temporel marque à chaque instant le passage d'un ordre éphémère, celui de l'hésitation devant les possibles, à un ordre constitué, déjà dépassé s'adressant à la mémoire. Des réalités temporelles différentes se côtoient dans l'agitation tandis que la force de l'écoulement les retient jusqu'à la consolidation. Il ne s'agit plus du temps de l'horloge, mais de celui du sablier, du mouvement irréversible ressenti, affecté.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON

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