Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Continuum

 

































Loin de rétablir le continuum passé-présent-futur, moment historique du déterminisme philosophique, il faut envisager la durée comme une étendue hébergeant de la complexité, comme une sensibilité verticale à un temps horizontal, outil de consolidation de l'éphémère, à la fois conscience de ce qui est déjà et projet. La longue durée des choses continues, vestige d'une pensée appelant la permanence est soudain frappée de nullité, nous vivons le règne de la variation. A l'opposé, la pensée décontructiviste, celle de la contradiction de la durée, ne propose comme alternative que l'instantané. L'aliénation du passé et le rejet d'un avenir imprévisible, forclos, préconisent l'amnésie, la pensée de l'immédiat déréalisé.

 

Loin de ces deux approches, une pensée sur la durée présente l'instant visqueux collaborant entre mémoire et devenirs possibles, il n'est plus à considérer comme noeud du temps, mais comme un territoire d'existence, à la fois frontière et univers.

 

A la vision primale du monde, s'ajoute l'altération de l'habitude et la richesse de la mémoire. Aucune constance dans l'éveil aux choses, tout se dilue trop rapidement sous le coup de la répétition. La mémoire, pratiquement inséparable de la perception, intercale le passé dans le présent. Elle contracte dans une même intuition des moments multiples de la durée. Il s'agit d'une construction mentale, d'une représentation qui complète la matérialité de l'expérience passée. En dehors des habitudes, des mouvements d'intériorisation-extériorisation, la durée naît de notre rapport direct aux choses, de la friction pure sur la rugosité des choses, qui nous expulse de nous-même vers le monde. Puis la durée appelle la mémoire, soigne notre ouverture. Demeure le jeu entre éveil et habitude. Quand vient la lassitude, l'habitude joue le rôle de lacune, de silence, dans la noise ambiante. La perception est faite de densité, mais aussi de retrait, d'oubli. Reste la rugosité, toujours présente, prête au jeu, à l'aventure de l'être au monde.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON

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