Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Photographie

 

 































Etrange relation passionnelle entre la photographie et l'architecture. Sur les premières plaques photosensibles les sujets furent, sans conteste, des vues urbaines et des architectures bâties, comme si la photographie était née se vouant à la matérialité du monde physique. Délicieux paradoxe puisqu'un procédé chimique de révélation de la lumière à partir d'une opération optique se dédiait d'emblée au massif. Et comment expliquer depuis lors, sinon par sa facilité de reproduction, qu'elle soit devenue le principal mode de représentation de l'architecture ?

 

L'anecdote veut que les premières photographies exécutées par Daguerre en 1838, qui nécessitaient un temps de pose de plusieurs minutes, représentaient une réalité oblitérée du mouvement des passants : les vues urbaines montraient correctement les bâtiments mais les rues restaient désertes, la fugacité du passage d'un piéton ou d'un véhicule n'ayant pas le temps d'impressionner l'émulsion. Le processus chimique balbutiant apportait par là-même la preuve de temporalités divergentes dans la ville.

 

Mais les techniques s'améliorant, la pose se réduisit à la fraction de seconde, amenant une nouvelle ère dans la représentation: le mythe de l'instantanéité. Nous voilà alors capable de figer dans le temps, à partir de la micropose toutes les temporalités, les resserrant à outrance vers une image homogène, totalement aplatie, négligeant toute sensation de durée. Nos livres, nos revues, sont remplis de ces instantanés. Notre enseignement s'appuie facilement dessus quand bien même nous leur reprochons à force de cadrage trop savant le profond autisme d'un environnement coupé sur les bords des clichés. Avons-nous tant besoin de la séduction de l'instantané ?

 

Mais quatre siècles après la mise au pas de l'espace par la perspective, la photographie semble asservir le temps. Il faut alors admettre que la photographie est un mode de représentation autonome, une anamorphose sommaire du visible. L'architecture ne se résume pas à l'image et l'image génère sa propre architecture.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON

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