Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Système ouvert

 
































 

Le mouvement pourrait être considéré comme une simple translation, un changement quantitatif dans le temps. La mobilisation de la durée serait alors réduite à l'évolution insulaire de chaque chose. Mais chaque changement de n'importe quelle existence implique par le simple jeu des interactions, une modification qualitative de l'ensemble. La vibration s'étend, rayonne, contamine. Les systèmes perdent alors leur contour pour se réunir dans la durée commune.

 

La matière dans le temps cesse d'être inerte, non seulement elle se meut dans un processus d'entropie, mais ne cesse aussi de fluctuer, d'accepter le changement d'état au gré des perceptions qui l'animent. Elle subit la duplicité de son état, de son développement propre et du regard qu'on lui porte. A l'extrême, il ne faudrait voir dans le réel que des flux, des potentialités passant à l'acte grâce au support du visible, des mouvements se déployant en se reposant sur l'inerte. Le problème n'est pas tant de demander comment la matière vibre que de comprendre que c'est la vibration, le mouvement qui prend des aspects matériels.

 

Nous l'avons déjà dit, le véritable aspect matériel s'approche de la confusion réalisée, solidifiée. La substance utile à l'architecte est ce foisonnement de mouvements.

 

Apparaît une des notions fondamentales de la durée : l'ouverture. S'appliquant aux objets, elle les force à s'ouvrir puisqu'elle ne cesse de préfigurer leur changement. Non seulement la durée consolide la variation incessante en un tout qui subsiste, mais son caractère dynamique ne cesse d'appeler à de nouvelles variations. On pourrait dire qu'elle valide ce qui vient d'être et prépare le changement de ce qui s'apprête à être. Voir l'ouverture consiste à se placer dans une situation constante de veille, de prévoir la possibilité du changement sans en connaître déjà la teneur. L'instant est perçu alors comme une situation de sursis. Le mouvement apparaît à l'appel d'une potentialité et se propose sans cesse de combler une situation en déséquilibre, tendue vers ses possibles. Oublier le rôle de la durée revient à se priver de la richesse née de la coexistence de temporalités divergentes ainsi que de la capacité d'ouverture naturelle qu'elle propose.

 

Par sa capacité d'ouverture la durée amène une architecture flexible, élastique, ayant le potentiel de ses multiples devenirs. Loin de l'inertie, de l'intemporel, elle appelle le changement.

 

La possibilité d'ouverture doit flotter dans une architecture sans jamais l'achever ou la resserrer. L'ouverture n'est pas une fonction d'attente statique d'un futur préfiguré mais bien au contraire une générosité d'accueil. La durée impliquée dans le réel doit se lire comme une dimension nouvelle, active sans être autoritaire, comme l'ouverture imprévisible aux possibles.

 

Crédit photographique Stéphanie BARBON

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