Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Crise

Il est probable que les beaux jours soient derrière nous. La croissance dont on doutait depuis quelques temps nous fait maintenant faux-bond. Le financement des opérations d’aménagement sera certainement de plus en plus aléatoire. Hormis les projets phares des villes ou portés par de vigoureuses entreprises, il est à craindre qu’il faudra bientôt nettement réviser nos ambitions en matière de dépenses.

Déjà si on ouvre les yeux sur l’ensemble du territoire européen, et c’est encore plus vrai à l’échelle mondiale, les disparités entre les territoires sont flagrantes. Ce qui est possible dans une métropole ne l’est déjà plus depuis longtemps dans une région reculé. Faut-il croire que les besoins sont différends et que la densité de population change les aspirations ? L’esquive de cette prétention dévoile une réalité crue : déjà dans de nombreuses régions du monde, nous n’avons plus (et les avons-nous déjà eu ?) les moyens de nos ambitions. Pourtant, le niveau d’exigence de l’architecture et de l’urbanisme actuel ne se satisfont pas facilement d’un manque de moyen. Nos bâtiments sont toujours très énergétivores pendant que les produits pétroliers inondent nos rues à différents degré de raffinement.

Nous sommes restés sur une logique de croissance continue telle qu’elle fut théorisée par le mouvement moderne. Il faut désormais être aveugle pour croire que ce modèle tient toujours. Pouvons nous laissé des ans entier de territoire en sous-développement ? Le manque de moyen ne doit pas empêcher l’éthique et l’aménagement peut prendre d’autres formes que celui sous-tendu  par un investissement financier majeur.

Si nous nous détournons de la matérialité pour nous en tenir à l’observation des usages, c'est-à-dire de l’utilisation par les individus de l’espace dans le temps, les données du problème changent alors. Il importe dans nos vies que le cadre qui les accueille soit suffisamment protecteur et ouvert pour leur permettre une expression libre et stimulée. La source de cette stimulation se trouve dans les symboles qui peuplent notre environnement et qui entretiennent l’imaginaire collectif. Comment maintenant générer ces moyens sans un investissement important ? C’est au prix de ce raisonnement que nous trouverons collectivement un moyen de sortir de la crise actuelle.

La réflexion peut commencée sur des notions simples. Il convient par exemple de rationaliser l’agenda des équipements. Aujourd’hui par manque de gestion, trop souvent les équipements sont mono-fonctionnels et sous-occupés. Il en résulte naturellement des frais d’investissement et de fonctionnement surprenant par rapport à leur utilisation réelle. Cela n’est qu’une question d’agenda et de gouvernance. Comment met-on d’accord tout les utilisateurs pour répartir au mieux le temps d’utilisation ? La concertation apparaît comme l’outil le plus simple.

Dans la même veine, nous pouvons rapprocher des fonctions apparemment éloignées et trouver dans leur rapprochement des économies de moyens. Les projets intergénérationnel peinent à se développer alors qu’ils sont le ferment d’une nouvelle solidarité. Regrouper une crèche et un foyer pour personnes âgées pourrait permettre des rencontres et pourquoi pas une interpénétration des fonctions. Par l’association nous avons la possibilité de décupler les résultats d’un investissement et à resserrer autour d’un seul complexe les coûts de fonctionnement. Certains dispositifs techniques tels que les chaufferies bois nécessitent un seuil de rentabilité. L’association des fonctions peut y conduire.

On comprend bien à partir de là que la doctrine moderniste de la table rase n’est plus de mise et qu’il nous faut impérativement reconsidérer l’existant. L’effort du diagnostic qui consiste à bien prendre en compte les possibilités données par le présent n’est pas suffisamment poussé et nous continuons toujours selon la stratégie du mille-feuille : ajouter une couche est plus facile que de reconsidérer les couches déjà présentes. Agissons comme des gestionnaires du patrimoine existant en redonnant leur chance aux expériences passées. Une réactualisation des formes anciennes suffit parfois là où nous rebâtissons une nouvelle forme. Il en va du respect de nos propres actions : comment voulons nous attirer le respect sur nos créations lorsque nous même ne regardons le passé que dans une posture contrite d’adoration sans recul.

De même il convient dès aujourd’hui de penser le futur. Nous admirons la flexibilité d’un bâtiment industriel du 19ème siècle capable de s’adapter à un nouveau programme aujourd’hui sans être capable d’en tirer une leçon. Offrons nous les moyens de prévoir l’avenir en créant des formes ouvertes à des adaptations inconnues de nous. Trop souvent nos bâtiments sont sourds à toutes autre utilisation que leur destination initiale. Nous concevons des processus technologiques utiles à des taches complexes, nous devrions donc être capable de résoudre ce simple problème.

Pensons à la durée des choses et investissons au plus juste les moyens nécessaires. Avant de solidifier un projet complexe dans une durée longue, ne serait-il pas utile de le tester ? Pour cela nous pouvons avoir recours à une structure provisoire dont le surcoût sera sans nul doute compensé par l’absence de restructuration à courte échéance du projet définitif. Nous avons dorénavant le devoir d’essayer nos actions et de les confronter à la réalité et aux usagers des lieux. Trop souvent un programme s’effectue aux détriments de ses futurs usagers en s’enveloppant de la bonne conscience de faire bien pour les autres. Il ne faut pas croire à l’altruisme dans notre société. A cela, il est préférable d’envisager la confrontation directe des faits.

Pourquoi ne pas expérimenter une nouvelle rue piétonne, un nouveau pont, et pourquoi pas une nouvelle ligne de tramway en mettant en place un système spécifique de bus ? Nous avons aujourd’hui, plus qu’hier, le devoir d’investir au plus juste pour un résultat maximum. Combien d’aménagements lourds peuvent être remplacés délicatement par des aménagements plus légers et modifiables à souhait ? soyons souples et pensons le temps plus que l’espace.

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