Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Saisons

Un vent froid balaye la place. A Canary Wharf les tours font la course vers le ciel. Les hommes portent tous le même costume. Ils marchent courbés contre le vent. Seule leur cravate est autorisée à dépasser de leur tenue bien arrangée. Elle bat sur leurs épaules tandis que l’eau du canal clapote furieusement. Dans le grand hall le marbre décrit des vagues que leur regard ne suit pas. La place semble abandonnée. Les hommes en noir sont affolés. Certains portent des cartons. Ils rassemblent leurs effets personnels, les petites choses qui composent un bureau. C’est le crack.

 

Sur la façade blanche à l’écriture classique défilent imperturbablement des lettres orange. Les cours de la bourse lancés dans la course. La course vers le bas. Les tours se vident. Les lettres filent. Sale temps pour l’économie numérique. Sous la pluie les cartons gondolent. Les cours se chassent les uns les autres pour former une sarabande bien sage. Dehors c’est la débâcle mais eux constituent un horizon ferme sur lequel se reposeront toujours les tours. Tout ceci n’est que du virtuel : les canaux, les tours et les hommes aux cartons. Seuls comptent les chiffres comme modèles et objets. Seule compte leur course aveugle à la pagaille. Du défilement naît le temps. De la variation des cours naissent ici les saisons. C’est maintenant l’hiver et la tempête souffle. Mais le temps défile inexorablement et l’économie numérique tiendra encore longtemps le monde.



























Jean Richer

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