Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Recomposer des territoires compétitifs

Le chantier de la refonte des collectivités territoriales s’était ouvert à la fin de l’été sur un duel fratricide entre les départements et les régions. Exit, puisque la crise financière est arrivée et occupe désormais le terrain médiatique. Le plan de relance voulu par le gouvernement, en s’appuyant sur les préfets, ne doit pourtant pas faire oublier le rôle prépondérant des collectivités en matière d’innovation. La guerre contre la crise économique doit aussi être gagnée sur le terrain de la décentralisation.

Partout en France, la conurbation voit le rassemblement d’aires urbaines administrativement indépendantes, mais aux destinées de plus en plus imbriqués, chaque lieu n’ayant d’existence que dans un ensemble. Cette situation impose une autre manière de penser l’action locale : il faut construire des territoires économiques cohérents définis comme des systèmes d’intensions politiques en activité révélant ses potentialités au fur et à mesure de la mise en place d’actions de toutes sortes. Comme l’activité industrielle s’est réorganisée dans un passage graduel à « l’économie de la connaissance »  où la compétitivité dépend aujourd’hui d’une capacité à créer la connaissance, l’accumuler et l’utiliser plus rapidement que la concurrence, les collectivités territoriales ont l’obligation de prendre part à cette économie d’opportunité.

Les territoires ont besoin de spécialisation et seules les institutions publiques sont capables d’établir des interactions solidaires entre les entreprises industrielles pour former des stratégies communes. Notre salut passe par la consolidation de clusters régionaux : une concentration spatiale de réseaux de production, en lien avec le marché global, et fondée sur la stimulation du potentiel endogène des PME. Les collectivités territoriales ont ici un rôle à jouer pour stimuler leur tissu économique selon des axes clairement établis, accélérer les rencontres et promouvoir les compétences. 

Dans planification traditionnelle, l’économie est peu prise en compte. Pourtant les entreprises recherchent des aménités liées la plupart du temps à l’aménagement des territoires. La nouvelle organisation productive - l’externalisation des activités et un fonctionnement des entreprises en réseau - redéfinie leurs exigences à l’égard de leur espace d’accueil. L’aménagement des territoires doit donc intégrer la nécessité d’éléments logistiques externes aux entreprises, les possibilités de formation, des espaces de commercialisation et des opportunités liées à l’innovation.

En complément de la planification, émerge la notion de projet de territoire qu’incarne par exemple les SCOT. Ceux-ci suggèrent de nouvelles logiques capables d’accélérer la mutation des territoires. Les projets métropolitains se caractérisent par une approche particulière qui sélectionne les axes de développement d’importance stratégique et les soumettent à la « tentation » de l’expérimentation. Mais il faut aller plus loin encore.

Quelque soit l’acteur territorial se saisissant de la question, ce n’est qu’au prix d’une concertation sur la destinée de chaque territoire que pourront s’affirmer des ensembles économiques cohérents. L’expérience en cours de l’agence pour l’économie de l’Essonne donne par exemple un bon aperçu des méthodes à employer. A l’issu d’un benchmark de plusieurs mois, trois secteurs stratégiques ont été validés pour le département : l’ingénierie du bâtiment durable, les énergies innovantes et la lutte contre la pollution de l’air et le climat. En capitalisant les richesses de son territoire, l’agence est entrée dans une communication pertinente de ses éco-activités en participant à des salons internationaux.

En identifiant des axes de développement, en fédérant les acteurs économiques et en développant un marketing territorial, les collectivités territoriales deviendront des acteurs de la relance. Mais pour cela il faut déjà une concertation entre les échelons administratifs pour définir lequel est le plus pertinent. Cette réponse dépend surtout de notre intelligence à faire front commun.

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