Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Cendres – bribes

 10 décembre

 

Dans Lexington Ave un dimanche après-midi les feuilles volent comme dans une musique de John Coltrane. Beauté absolue de cette ville. Son côté Venise, paradis perdu, ruines d'une beauté déchirante.

 

Whitney Museum. William Eggleston. Edward Hopper. Beauté des choses seules. L'Amérique et les choses. Vanité. Vacuité. Puissance. Mystère. Solitude.

 

Tout cela appartient au terrain vague et au hangar. Grillages, bouts d'asphalte, confins indécis et solutions rustiques. Fonctionnel et utilitaire, d'où la dimension mythique et symbolique n'est pas absente: ce sont simplement d'autres choses qui sont mythifiées.

 

A New-York, c'est une ville brutale dans un décor de théâtre fantastique. Ici à Boston c'est une forme de banalité qui est mythifiée. C'est le quotidien qui devient héroïque. Des marques de ketch-up, des hamburgers, toutes sortes de produits à la fois délirants dérivés consuméristes et porteurs d'une forme de tradition, d'une forme d'histoire.

 

Shopping mall à Boston. Sidération de l'espace fluide, des lumières égales, des sourires engageants. Choix infini pour chaque article, marketing agressif à force de sollicitude compassionnelle, fraternelle.

 

Grand comme une ville souterraine avec sa géographie, ses classes sociales. Fontaines, piazzas, clairières, avenues, rues, allées. Cafés, food courts, magasins à perte de vue et des sens. Gardes, flics, livreurs, nettoyeurs. Comme une réplique du monde en mieux huilé, en plus sécurisé, en mieux maîtrisé.

 

Contrôle permanent de la sollicitude. Sollicitude permanente du contrôle sous la forme d'un bourdonnement chaud et rassurant, légèrement hystérique.

 

texte jean-philippe doré, photos aurélie eckenschwiller

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