Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Kahn

 

Exeter Library. Yale Center for British Arts. Richards Medical Center. La voilà la raison du voyage. On y va, on fait la démarche et au détour d'un campus précautionneux, tout un dispositif nous saute dessus. Tout un entrelacs de signification, au détour d'une rue, surgit sans crier gare du livre d'histoire, d'une matinée de cours, des livres On est tellement préconditionné, les préliminaires ont été si longs qu'on ne peut que jouir à l'instant, foudroyé de tant de beauté, de tant de force tectonique et fourmillante de sens. Si jamais matière a été polie par l'esprit de l'homme, chargée d'âme, alors ce sont ces bétons aux joints merveilleux, c'est cette brique qui vous parle, ce sont ces panneaux de bois au dessein indicible et évident. Si jamais l'espace a un sens – si jamais une chose telle que l'espace existe – alors ce sont ces vides délicieux qui vous emportent, vous frottent au grain de cette matière–lumière, vous ramènent et vous posent là pantelants. C'est comme un tour de manège intellectuel, physique, sensuel. Ça vaut vraiment le coup. C'est à conseiller si vous êtes correctement préparés.

 

Exeter. 8H30pm. On progresse là-dedans comme dans un temple (c'en est un), à peine si l'on ose prendre des photos, mais ce qui se passe réellement n'a rien à voir. Nous sommes à Exeter, l'Amérique éternelle est là. Des étudiantes blondes, boudeuses font semblant de travailler, accotées dans ces petits boxes merveilleux. Britney Spears et la photo du chien scotchées là? Oui, pourquoi pas. Ça prouve que ça marche, que cette architecture bigger than life trouve son objet, après tout.

 

Yale. Vous êtes assis dans un chesterfield plus qu' honorable, Gainsborough et Turner déploient leurs merveilles vaporeuses autour de vous mais vous vous regardez un escalier, ou plutôt un cylindre de béton plein de huit mètres de haut posé dans une sorte de coffret précieux. L'espace. La matière. La lumière.

 

Une étrange idée. Je me demande quelle vie mènent ces merveilleux bâtiments, la nuit. Quel Œil les regarde? Quel frémissement les parcourent?

texte jean-philippe doré, photos aurélie eckenschwiller

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