Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Un peu de Montaigne

 

I.20. Que philosopher, c'est apprendre à mourir

La fortune ne nous fait ni bien ni mal: elle nous offre seulement la matière et la semence, laquelle notre âme, plus puissante qu'elle, tourne et applique comme il lui plaît, seule cause et seule maîtresse de sa condition heureuse ou malheureuse. (…) la fortune fournissant simplement la matière, c'est à nous de lui donner forme.

 

I.21. De la force de l'imagination

L'étroite couture de l'esprit et du corps s'entrecommuniquent leurs fortunes.

 

I.23. De la coutume

(…) le sage doit au-dedans retirer son âme de la presse, et la tenir en liberté et puissance de juger librement des choses; mais, quant au dehors, qu'il doive suivre entièrement les façons et formes reçues.

 

I.24. De divers événements...

(…) c'est chose vaine et frivole que l'humaine prudence; et au travers de tous nos projets, de nos conseils et de nos précautions, la fortune maintient toujours la possession des événements.

 

TITE-LIVE XXII, 22

La confiance qu'on montre en soi-même entraîne souvent celle du plus grand nombre.

 

DANTE, ENFER, XI, 93

Car non moins que savoir, douter me plaît

 

I.26. De l'institution des enfants

 

Qu'on le rende délicat au choix et au triage de ses raisons, et aimant la pertinence, et par conséquence la brièveté.

 

Il sondera la portée de chacun: un bouvier, un maçon, un passant; il faut tout mettre en besogne et emprunter chacun selon sa marchandise, car tout sert en ménage; la sottise même et faiblesse d'autrui lui sera instruction. A contrôler les grâces et façons de chacun, il s'engendrera envie des bonnes et mépris des mauvaises.

 

Il se tire une merveilleuse clarté pour le jugement humain, de la fréquentation du monde. Nous sommes tous contraints et amoncelés en nous, et avons la vue raccourcie à la longueur de notre nez. On demandait à Socrate d'où il était. Il ne répondit pas « d'Athènes » mais « du monde ».

 

Le vrai miroir de nos discours est le cours de nos vies.

 

(…) laissons les abuser de leur loisir, nous avons à faire ailleurs. Mais que notre disciple soit bien pourvu de choses, les paroles ne suivront que trop, il les traînera, si elles ne veulent suivre.

 

Les plaintes qui me cornent aux oreilles sont comme cela: « oisif, froid aux offices d'amitié et de parenté, et aux offices publics, trop particulier ».

 

CICERON, TUSCULANES IV, 34

L'amour est le désir d'obtenir l'amitié de quelqu'un qui nous attire par sa beauté.

 

I.39. De la solitude.

 

Il se faut réserver une arrière boutique toute nôtre, toute franche, en laquelle nous établissons notre vraie liberté, et principale retraite et solitude.

 

Nous avons une âme contournable en soi-même, elle peut se faire compagnie, elle a de quoi assaillir et de quoi défendre, ne craignons pas en cette solitude nous croupir d'oisiveté ennuyeuse:

 

Dans la solitude, soyez un monde à vous-même.

Tibulle, IV, 13, 12

 

Ce n'est pas ce qu'il faut rechercher que le monde parle de vous, mais comme il faut que vous parliez à vous-même.

   

I.42. De l'inégalité

 

HORACE, SATIRES, II, 7, 83

Sage, maître de lui,

Tel que pauvreté, fers, mort ne le peuvent faire trembler?

A-t-il le courage de résister à ses passions? De mépriser les honneurs?

En lui-même tout entier reclus, rond, lisse, sans prise aucune,

Comme une boule que rien ne peut empêcher de rouler,

Est-il hors d'atteinte de la fortune?

 

 

CORNELIUS NEPOS

Vie d'Atticus, II, 1

C'est le caractère qui fait à chacun sa destinée

 

II .3. Coutumes de l'île de Céa

 

Car il y a en la vie plusieurs accidents pire à souffrir que la mort même.

 

 

SENEQUE, Thébaïde, I, 90

Non, père, la vertu ne consiste pas comme tu le penses,

A craindre la vie, mais à faire face aux plus grands malheurs

Sans tourner le dos, ni reculer.

 

La sécurité, l'indolence, l'impassibilité, la privation des maux de cette vie, que nous achetons au prix de la mort ne nous apportent aucune commodité. Pour néant évite la guerre celui qui veut jouir de la paix, et pour néant fuit la peine qui n'a de quoi savourer le repos.

 

(…) le vivre est quelquefois constance et vaillance (…)

 

Et puis, y ayant tant de soudains changements aux choses humaines, il est malaisé de juger à quel point nous sommes justement au bout de notre espérance.

 

II.8. De l'affection des pères aux enfants

 

C'est une humeur mélancolique (…) produite par le chagrin de la solitude en laquelle (…) je m'étais jeté, qui m'as mis premièrement en tête cette rêverie de me mêler d'écrire. Et puis, me trouvant entièrement dépourvu et vide de toute autre matière, je me suis préservé moi-même à moi pour argument et sujet.

 

Ils ont la jeunesse et les forces en main, et par conséquent le vent et la faveur du monde.

 

Je me mariai à trente-trois ans, et loue l'opinion de trente-cinq, qu'on dit être d'Aristote. Platon ne veut pas qu'on se marie avant les trente, mais il a raison de se moquer de ceux qui font œuvre de mariage après cinquante-cinq, et condamne leur engeance indigne d'aliment et de vie.

 

Un gentilhomme qui a trente cinq ans, il n'est pas temps qu'il fasse place à son fils qui en a vingt: il est lui-même au train de paraître et aux voyages des guerres, et en cour de son prince; il a besoin de ses pièces, et en doit certainement faire part, mais telle part qui ne s'oublie pas pour autrui.

 

II, 12, Apologie de Raymond Sebon

 

Un souffle de vent contraire, le croassement d'un vol de corbeaux, le faux-pas d'un cheval, le passage fortuit d'un aigle, un songe, une voix, un signe, une brouée matinière suffisent à le renverser et porter par terre.

 

 

Il semble, à la vérité, que Nature pour la consolation de notre état misérable et chétif ne nous ait donné en partage que la présomption. C'est ce que dit Epictète: que l'homme n'a rien proprement que ses opinions. Nous n'avons que de la fumée et du vent en partage. Les Dieux ont la santé en essence, dit la philosophie, et les maux en intelligence; l'homme, au rebours, possède ses biens par fantaisie, et les maux par essence.

 

L'ignorance qui se sait, qui se juge, et qui se condamne, ce n'est pas une entière ignorance: pour l'être, il faut qu'elle s'ignore elle-même.

Il a un corps, il a une âme, les sens le poussent, l'esprit l'agite.

 

EUPEDOCLE, livre de sagesse IX, 14

Les pensées des mortels sont timides, et incertaines nos inventions et nos provisions.

 

Pytagore adombra la vérité de plus près, jugeant que la connaissance de cette cause première et être des êtres devait être indéfinie, sans prescription, sans déclaration, que ce n'était autre chose que l'extrême effort de notre imagination vers la perfection, chacun en amplifiant l'idée selon ses capacités.

 

La majesté divine s'est laissée quelque peu circonscrire aux limites corporelles (…) car c'est l'homme qui vit et qui prie.

 

Si les plaisirs que tu nous promets en l'autre vie sont ceux que j'ai sentis ça-bas, cela n'a rien de commun avec l'infinité.

 

Les extrémités de notre perquisition tombent toutes en éblouissement: comme dit Plutarque de la tête des histoires, qu'à la mode des contes l'orée des terres connues est saisie de marais, forêts profondes, déserts et lieux inhabitables.

 

Un soin extrême tient l'homme d'allonger son être; il y a pourvu par toutes ses pièces. Et pour la conservation du corps sont les sépultures; pour la conservation du nom, la gloire.

 

Si les prises humaines étaient assez capables et fermes pour saisir la vérité par nos propres moyens, ces moyens étant communs à tous les hommes, cette vérité se rejetterait de main en main de l'un à l'autre.

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