Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Grand Paris suite

Comment devient-on une métropole ? Comment force-t-on son destin si besoin était ? Voila ce que le projet de loi sur le Grand Paris devait faire, et voila qui est fait avec la création d’un nouvel axe de transport périphérique de 130 km autour de la capitale.

De toutes les manières de construire une métropole, la France a toujours choisi la structuration par les transports en commun. Depuis le premier schéma directeur de l’Ile de France de 1965, les acteurs de son aménagement se sont appuyés sur le développement des transports en commun pour innerver les territoires de vie de l’aire francilienne. Les transports ferroviaires (RER et trains), couplé au réseau autoroutier, ont été développés en même temps que les villes nouvelles et font partie intégrante du projet initial qui était de « mettre la ville à la campagne » tout en préservant un lien ombilical reliant ces villes satellites à Paris.

Le réseau de transport en commun est aujourd’hui très développé et étoilé, avec pour centre Paris, dans une région où les mouvements pendulaires domicile-travail sont importants et où les transports collectifs sont des alternatives crédibles à l’usage de la voiture.

Mais pourquoi créer un réseau de transport supplémentaire pour s’affirmer comme métropole ?

La prééminence accordée aux réseaux dans les échanges et contacts internationaux a bouleversé les notions traditionnelles de hiérarchie urbaine. Ce basculement dans l’espace des flux est à resituer dans un mouvement de tertiairisation de l’économie. Les nouvelles relations entre l’espace et le temps - la révolution logistique, le rôle des pôles urbains dans les « espaces glissants », la recherche de centralité offrant des atouts de localisation durables et des potentialités de diversification optimales - concernent inséparablement la production de biens et de services dans notre société. Les échanges financiers, de marchandises et d’informations se constituent en réseaux de flux qui dépassent largement les limites nationales.

D’accord pour les réseaux. Mais la consultation sur le Grand Paris - à laquelle ont répondu tant d’équipes d’architectes prestigieux, et pour laquelle tous les pôles universitaires franciliens ont contribué en amassant une masse énorme de savoirs – a dégagée une idée d’ensemble assez simple : une métropole est avant tout identitaire. Elle se fonde sur sa capacité à faire admettre son existence à l’ensemble de ses habitants et au monde entier en développant une image reconnaissable et communicable.

En fait, le Grand Paris existe déjà. Depuis les promenades rêveuses de Jean-Jacques Rousseau, il avait un début d’existence. L’ile de France était prête depuis bien longtemps, s’étant lentement constituée comme l’interland de la capitale. Alors pourquoi cette loi ? Pour résorber la congestion autoroutière qui chaque matin fige le périphérique ?

Ce n’est pas sérieux. Depuis les années 1960, le Grand Paris existe et le développement des villes nouvelles en fut le lancement opérationnel. Mais ce qui manque encore aujourd’hui, ce n’est pas les projets urbains qui sont légions dans une région où le foncier est cher, mais un projet politique volontaire qui déboucherait sur une véritable gouvernance métropolitaine. Voila ce que sera la véritable évolution vers la métropolisation rayonnante et épanouie : une assemblée métropolitaine apte à prendre son destin en main.

 

Publié sur le monde.fr:

http://abonnes.lemonde.fr/opinions/chronique/2010/05/29/grand-paris_1364746_3232.html

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