Carnet d'études

Atelier de recherche temporelle

Les Halles, 24 avril

Les Halles, 24 avril. Il y a toujours sur les chantiers, petits ou grands, cet air d'abandon, de solitude, de désolation nostalgique. Un air figé de dimanche après-midi de septembre. Les choses gisent à ciel ouvert dans un état indéterminé de modification entre la destruction et la naissance. Elles ne sont plus, ou pas encore organisées en surfaces destinées à arrêter notre regard, à faire sens. Gravas, ruines, structures ébauchées, fragments, outils, instruments sont poreux, ils se mélangent au monde sans présenter d'objets préhensibles par la pensée. Le chantier c'est "l'ouvert", l'indéterminé, cela ne se dit pas, ne se voit pas. Les choses sont retournées, arrachées comme après une tempête sur une côte, quand les débris marins se mélangent à la terre retournée, aux graines. C'est "l'ouvert" et "le dedans" et aussi "l'intérieur", "l'intime". Mais alors d'où vient cette nostalgie déchirante, cet air de fin du monde et de dimanche après-midi, cette connivence insensée et incommunicable avec les choses, la matière, l'air de la ville? La ville est le grand chantier du sens emporté dans le temps, on construit, on bâti autour de soi le sens comme un sarcophage. Mais la matière même de cette construction est si mystérieuse, si inconnue. Elle nous parle pourtant, elle tente d'éveiller en nous d'autres sens. L'intentionnalité, le rationnel, le parlant ne cessent de déraper, de dérailler en dévoilant des mondes inconnus à nos yeux, les chosent battent follement entre le sens qu'on veut leur imposer et leur être, leur questionnement, leur vibration dans le grain du temps.

 

 

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Texte et crédits photographiques Jean-Philippe Doré


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